Résurrection du Christ, Châsse des rois mages, vers 1181-1230 © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

500 ans d’art médiéval à Cologne

« Splendour and glory of the middle ages » rassemble en ce moment au musée de Cologne pas moins de 150 pièces issues des plus grands musées. Celles-ci reviennent temporairement dans leur centre de création, le temps d’une exposition consacrée à l’art médiéval. De l’an mil au début du XVIe siècle, Cologne fut un foyer intense de la production artistique à travers l’enluminure, la sculpture, le vitrail, l’orfèvrerie, la peinture sur panneau ou encore l’art du tissage. Le musée propose une véritable rétrospective de l’art dans la Cologne médiévale.

De tout temps, la ville fut un centre prospère et actif pour la production artistique. Située au carrefour d’artères de communications, la ville de Cologne était une capitale de commerce, un haut lieu culturel et un grand foyer culturel. Siège d’un archevêché, elle se dota, pendant la période romane, de nombreux monastères, couvents, églises et autres chapelles qui nécessitèrent la réalisation de nouveaux décors.

Crucifix, vers 100-1050

Les institutions religieuses mais aussi les bourgeois, nobles ou les confréries commandèrent de nombreuses oeuvres d’art, témoignant ainsi de leur piété (mais aussi de leur richesse) aux yeux du monde. La demande pour de nouveaux édifices, des objets liturgiques, des décorations ecclésiastiques et des images de dévotion alimente la production d’oeuvres d’art de toutes sortes.

Ange, vers 1170-1180

Cologne était également un centre de pèlerinage très important. La ville possède des reliques de telle importance qu’elle adopte l’appellation de « sainte Cologne » dès le XIIe siècle. C’est en effet à cette période que Rainald von Dassel, archevêque, amena les restes des rois mages qui étaient auparavant à Milan.

Châsse des rois mages, Nicolas de Verdun, 1181-1230

À cette occasion, l’orfèvre et sculpteur Nicolas de Verdun réalisa la magnifique châsse que l’on peut admirer aujourd’hui dans le choeur de la cathédrale. Le style 1200 est alors à son apogée, avec ses drapés antiquisant et son avancée vers un réalisme plus poussé. L’orfèvrerie est un support privilégié à cette époque, et les orfèvres colonais excellent notamment dans la technique des émaux champlevés.

Résurrection du Christ (détail), Châsse des rois mages, vers 1181-1230

L’art de Nicolas de Verdun reste une source d’inspiration jusqu’au XVe siècle : on en trouve encore des échos dans les tableaux de Stefan Lochner. Ce peintre, actif dans la première moitié du siècle, fut l’un des représentants du gothique international à Cologne et l’un des plus grands artistes de son époque. Il resta fidèle au style du gothique tardif de la région du Rhin (dont il donne une version originale mise au goût du jour, extrêmement lyrique et délicate), bien qu’il connût depuis longtemps le naturalisme des Flamands grâce à Robert Campin (le Maître de Flémalle). À Cologne, il s’est indiscutablement inspiré de la peinture ancienne et son art se caractérise par une très grande douceur dans le traitement des visages.

Présentation au Temple, Stefan Lochner, 1447

Au XIIIe siècle, le début du chantier de la nouvelle cathédrale gothique apporte également une intense activité artistique. Bâtie d’après le plan et l’élévation de la cathédrale d’Amiens, les inventions françaises nourrissent alors la production de Cologne et cela dans tous les media jusqu’au XVe siècle. Les statues du choeur de la cathédrale dérivent de celles de la Sainte-Chapelle, les sculpteurs parisiens participent à l’élaboration des stalles et des liens très forts unissent les ivoires colonais et parisiens.

Diptyque, scènes de la vie de saint Martin, 1340-1350

La peinture quant à elle, domine l’art du XVe siècle. Elle est alors exceptionnellement importante en quantité et en qualité et les panneaux peints colonais sont le plus souvent organisés autour d’une scène unique, qui facilite la contemplation. L’art du Maître de la Véronique, actif vers 1395-1415, est au coeur de cette production.

Vierge à l'Enfant et saints, Maître de la Sainte Véronique, vers 1410

 Par la suite Stefan Lochner puis le maître du retable de Saint Barthélémy dominent la production picturale. Chacun d’eux enlumineur et peintre de chevalet, puisent dans la tradition locale et lui confère de nouvelles qualités expressives et spirituelles. Leurs inventions servent à leur tour de modèles à de nombreux artistes : orfèvres, verriers, brodeurs… Cologne fut un centre artistique de premier plan, dont la production va évoluer en une simultanéité stylistique, comme partout ailleurs, mêlant tradition gothique et art antiquisant de la Renaissance.

Arrestation du Christ, 1522-1526

« Splendour and glory of the Middle Ages, Cologne masterpieces from the world’s great collections », Musée Schnütgen, Cologne, du 4 novembre 2011 au 26 février 2012.

Source : musée Schnütgen

2 Comments

  1. Merci pour ce billet qui donne à voir des trésors généralement ignorés en France où, comme je l’ai déjà écrit ici, on se moque très souvent éperdument de l’art germanique, si tant est que l’on sache qu’il existe, bien entendu. J’ai retrouvé avec plaisir le Maître de la Véronique et le Maître du Triptyque des Saints Patrons (ex-Lochner, puisqu’il semble bien que s’il a existé un peintre de ce nom originaire de la région du Lac de Constance et actif à Cologne jusqu’à sa mort en 1451, la datation dendrochronologique des panneaux qui lui sont attribués montre qu’ils sont l’œuvre d’un artiste qui travaillait encore après cette date), avec ce weicher Stil (« style adouci ») qui relie les contrées rhénanes du début du XVe siècle, comme Cologne ou Strasbourg.
    Je ne sais si vous connaissez le Schnütgen Museum et le Walraff-Richartz Museum de Cologne, mais si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à vous y rendre, je vous garantis quelques durables éblouissements.

    • CaroB

      Merci encore pour ces précisions! Non je ne connais malheureusement pas les musées de Cologne, ni la ville, mais je dois avouer que les recherches pour ce billet ont été très intéressantes et riches en découvertes! Cette exposition a été particulièrement mal relayée je trouve (en France) et j’espère qu’elle aura l’affluence qu’elle mérite!

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