Capture d’écran 2012-01-23 à 20.21.08 © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

À vendre : chefs-d’oeuvre de la fin du Moyen Âge chez Sotheby’s

Le 26 janvier, Sotheby’s mettra en vente un ensemble de tableaux anciens provenant d’Europe. Lucas Cranach, Simon Vouet, van Dyck, Simone Martini, Raphaël ou encore Botticelli : cette vente s’annonce comme l’un des évènements majeurs de cette nouvelle année. Voici quelques unes des oeuvres qui partiront bientôt dans les plus grandes collections.

Saints Pierre et Barthélémy, Gentile da Fabriano, vers 1405

 – Ces deux saints sont issus d’un groupe de six panneaux peints redécouverts récemment, provenant sans doute d’un ensemble représentant les douze apôtres. Jusqu’alors conservés dans une collection particulière en Suède, ils sont aujourd’hui dispersés après une première vente en 2009. Ici, il s’agit des saints Pierre et Barthélémy, que l’on reconnait aisément, l’un tenant dans sa main la clé du Paradis, l’autre un couteau.

Saints Jean, Jacques le majeur, Thaddée et Matthieu, Gentile da Fabriano, vers 1405

Représentés en pied, sous une arcature en plein cintre, les deux saints se tiennent devant un fond doré niant toute profondeur. Seul un sol rouge permet d’installer la scène dans un espace perceptible. Au-delà de la présence de leurs attributs, les deux apôtres peuvent être facilement identifiés grâce à des inscriptions sur leurs nimbes. Leurs postures élégantes, le raffinement ornemental (sur la tunique de saint Barthélémy) et le naturalisme  des draperies et la préciosité de l’ensemble font de ces panneaux des oeuvres du gothique international, plus précisément de l’un de ses plus illustres représentants : Gentile da Fabriano. Actif à Fabriano, Venise, Florence ou encore Sienne, il aurait réalisé ces panneaux lors de son passage dans la sérénissime république aux alentours de 1405. Des récentes recherches situent plus précisément l’origine : ils auraient été peints pour un retable aujourd’hui démantelé, dont la partie centrale représentait une Vierge à l’Enfant, conservée à Pérouse.

Vierge à l'Enfant, Gentile da Fabriano, vers 1405

 – L’oeuvre qui suit ne laisse pas la place au doute : il s’agit de la moitié d’une Annonciation peinte par Simone Martini, ou l’un de ses proches collaborateurs. Marie ressemble en effet trait pour trait à son homonyme des Offices, dont le célèbre geste est ici exactement repris. Il s’agit en effet d’une iconographie peu banale : Marie se détourne de l’ange Gabriel en se cachant derrière son voile, en un mouvement de crainte.

Vierge de l'Annonciation, Simone Martini, avant 1340

Ce panneau aurait été peint par Simone Martini dans sa dernière période siennoise, avant qu’il ne quitte sa terre natale pour Avignon en 1340. Il appartient à un groupe d’Annonciation dans lequel le peintre révolutionne les codes de représentation. Il installe la scène dans un espace physique réaliste, sensation qui est accentuée par ce mouvement de recul de la Vierge, réaction qui met en avant le caractère humain et vivant de la scène.

Annonciation, Simone Martini, Offices; 1329-1333

Simone Martini a non seulement peint son panneau (de coloris éclatants), l’a doré mais également gravé et ciselé. Comme pour la Maestà de Sienne ou même les Annonciation des Offices et d’Anvers, le peintre a été manifestement marqué par l’orfèvrerie siennoise : il incise très finement la pellicule d’or afin d’auréoler la Vierge d’un nimbe de dentelle. Le cadre est également réalisé de la même façon, gravé et même poinçonné.

Il s’agit d’un fragment d’un petit polyptyque de dévotion privée (haut d’une vingtaine de cm), dont le revers est aussi ouvragé.

 – Parmi les nombreux panneaux mis en vente par Sotheby’s, cette Vierge à l’Enfant se démarque par son caractère tout à fait charmant. Peinte à Venise entre 1460 et 1480 par un artiste du nom de ​Quirizio​ di​ giovanni​ da​ Murano, dont on sait qu’il travailla dans l’entourage d’Antonio Vivarini.

Vierge à l'Enfant, Quirizio di giovanni da Murano, vers 1460-1480

Cette oeuvre se caractérise par un goût pour l’ornement très développé, comme en témoigne le magnifique damas sur la robe de Marie, les perles brodées sur son manteau, présentes également sur les nimbes. Les deux protagonistes se tiennent devant un paysage montagneux et derrière un parterre de petits animaux. Cette description correspond au style d’un autre artiste : « Pantaleon », actif autour de 1460. Si les deux mains diffèrent, en revanche il ne faut pas exclure une collaboration entre ces deux peintres.

Vierge à l'Enfant, Pantaleon, vers 1460

Il est impossible de détailler chaque oeuvre tant la sélection de Sotheby’s est importante, dont voici un rapide panorama  (cliquer sur les images pour les voir en grand).

– un triptyque représentant la Vierge à l’Enfant entourée de saint François recevant les stigmates et de la Crucifixion, peint par le maître du polyptyque de la chapelle Medicis dans le premier tiers du XIVe siècle.

Vierge à l'Enfant, triptyque, entre 1310 et 1330

– une Vierge à l’Enfant d’un peintre connu sous le nom de convention de « Familiare del Boccati », actif à Lucques la fin du XVe siècle.

Vierge à l'Enfant, Familiare del Boccati, entre 1460 et 1480

– la partie centrale d’un triptyque de dévotion privée représentant la Crucifixion, peinte par Ugolino di Nerio (un élève de Duccio?) aux alentours de 1320.

Crucifixion, Ugolino di Nerio

– Une Vierge à l’Enfant, peinte à Anvers entre 1510 et 1520 par un artiste proche de Joos van Cleve.

Vierge à l'Enfant, entre 1510-1520, Anvers

– une bannière processionnelle représentant la Présentation au Temple, peinte par Luca Signorelli vers 1465, quand il était encore dans l’atelier de Pierro della Francesca dont on ressent clairement l’influence dans la composition et la configuration spatiale.

Présentation au Temple, Luca Signorelli, vers 1465

– une oeuvre de Sandro Botticelli : la Vierge et l’Enfant et saint Jean-Baptiste, avec saint François recevant les stigmates. Il s’agit d’un tondo, soit un panneau rond et non rectangulaire, forme très prisée de l’artiste. Il correspond à une production « de masse » mise en vente directe dans son atelier et non réalisée pour des commanditaires précis.

Vierge à l'Enfant avec saint Jean-Baptiste et saint François, Botticelli, vers 1480-1490

– un Christ à la couronne d’épines par un suiveur d’Hugo van der Goes à fin du XVe siècle dans les Flandres bourguignonnes.

Christ, fin du XVe siècle

– un ravissant petit diptyque représentant une Annonciation, peinte en Allemagne au XVe siècle.

Annonciation, Allemagne, XVe siècle.

– une Vierge à l’Enfant peinte à Florence à la fin du XIVe siècle par Mariotto di Nardo.

Vierge à l'Enfant, Mariotto di Nardo, XIVe siècle

– Parmi les sculptures, se détachent deux terre-cuites vernissées d’Andrea della Robbia, réalisées vers 1470-1480 à Florence. Il s’agit ici de véritables portraits en relief, production qui a fait le succès de l’atelier della Robbia à Florence.

Jeune Homme, Andrea della Robbia, vers 1470-1480

– une sainte sculptée aux Pays-Bas aux alentours de 1500

Sainte, Pays-Bas, vers 1500

Enfin nous terminerons ce tour d’horizon avec une magnifique Vierge à l’Enfant, réalisée en Lorraine au XVe siècle. Propriété du Met, elle est aujourd’hui mise en vente au profit du fonds d’acquisition d’art médiéval du musée.

Vierge à l'Enfant, Lorraine, XVe siècle

Cette présentation n’est pas exhaustive : de nombreux autres panneaux, sculptures, tapisseries et même majoliques seront vendues le 26 janvier à New-York. Le nombre et la qualité des oeuvres médiévales (et autres) présentées par Sotheby’s classent cette vente parmi les plus importantes de l’année! Reste à savoir qui seront les acquéreurs et si les collections françaises s’enrichiront de certains de ces chefs-d’oeuvre.

Consulter le catalogue de la vente

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  1. By Revue de presse – du 3 au 10 mars | On dit médiéval, pas moyenâgeux ! 10 mars 2012 at 6 h 24 min

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