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à vendre : cloître des Cordeliers, Saint-Emilion

« Saint-Emilion très endetté, qui l’eut cru? » : c’est ainsi que titre subtilement Libé à la fin du mois d’octobre, pour attirer l’attention sur la vente du cloître des Cordeliers par la ville de Saint-Emilion, information jusque là restée assez confidentielle.

Malgré ses nombreux grands crus et son industrie viticole, la ville est en effet endettée à hauteur de 6 millions d’euros. Son maire Bernard Lauret a donc opté pour la solution suivante : vendre son patrimoine. Ainsi le cloître des Cordeliers, bâti au XIVe siècle, a été vendu bradé 750 000€ à un industriel local intéressé par la production de crémant de Bordeaux (sous le cloître se développe un réseau de galeries abritant les caves des Cordeliers, là où naquit le crémant bordelais).

Les Saint-Emilionnais, mis devant le fait accompli, s’insurgent. D’une part parce que le cloître a fait récemment l’objet de travaux financés par l’Etat, (570 000€), d’autre part parce qu’aucune consultation n’a eut lieu avant la vente, aucun appel d’offre lancé! La crainte des habitants est de voir passer en mains privées ce bâtiment emblématique de la ville, ouvert librement au public depuis la révolution. Ce site pourrait en effet être réservé à des réceptions privées, ouvertes à quelques privilégiées.

Avant de brader son patrimoine à prix réduit, Bernard Lauret aurait du s’acquitter d’un calcul mathématique basique : 6 000 000€ de dette – 750 000€ de bénéfice = 5 250 000€ de dette. Mais en réalisant cette opération, l’édile souhaite en réalité réinvestir cet argent dans l’entretien des autres monuments de la ville, notamment les remparts. Car Saint-Emilion est riche d’un patrimoine médiéval abondant et onéreux. La solution était-elle pour autant de céder à un prix réduit l’un de ses bâtiments les plus emblématiques?

Photo ADT Gironde www.tourisme-gironde.fr

Les Saint-Emilionnais peuvent être rassurés, le nouveau propriétaire Jean-Paul Cales, vice-président la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, déclare vouloir laisser le cloître ouvert au public. On ne saurait toutefois, rester indifférent face à cette démarche qui met en péril le patrimoine français. Si le propriétaire a (pour l’instant) de nobles mobiles, qu’en sera-t-il la prochaine fois? Pour une ville classée à l’Unesco, Bernard Lauret ne pouvait-il pas trouver d’autre alternative? Et si (SI) la vente s’avérait inéluctable, n’aurait-il pas pu alerter les différentes sociétés de sauvegarde du patrimoine? Cette vente met le doigt sur la situation du patrimoine français, et notamment des vestiges médiévaux, très nombreux mais souvent très dispendieux! En pleine crise économique, il est à craindre que l’Etat et ses collectivités se délestent d’un poids financier et profitent d’une manne à portée de main! Si la privatisation n’est pas synonyme de destruction loin s’en faut, en revanche la banalisation de cette pratique laisse la porte ouverte à de nombreuses dérives dont la pire serait de rendre inaccessible un patrimoine collectif!

Sources : Medievalists, Libération.

4 Comments

  1. Incroyable de voir ça! Surtout après travaux aussi cher! du foutage de gueule..! ca doit pouvoir se mener en justice ce genre d’action…

    • CaroB

      Un des habitants de Saint-Emilion a envoyé à ce sujet un courrier au maire, lui signalant un point de droit qui pourrait remettre en cause la vente. Il n’a jamais eu de réponse. Libé le cite :
      « Si rien ne bouge, nous réfléchirons à saisir le juge administratif. La vente du clos des Cordeliers ou d’autres monuments ne renflouera pas les caisses de la commune. Le maire engage des dépenses somptuaires en éclairage par exemple, sans se préoccuper des ressources. Il est là, le problème. »

  2. Jim

    Cette affaire est pitoyable d’autant que le cloître des Codeliers était le dernier espace gratuitement accessible de Saint-Emilion. Certes, M. Calès dit vouloir laisser le monument ouvert à la visite puisqu’il veut en faire du locatif haut de gamme. Ouvert à la visite ne veut donc pas dire ouvert gratuitement à tout le monde. De plus, aucun texte juridique ne peut obliger le propriétaire à laisser ouvert. Et puis on oublie de dire que le site des Cordeliers rapportait de l’argent à la mairie tous les ans et ne lui coutait plus rien. En effet le site a été vendu sitôt les deux ans de travaux financés par l’argent public terminés (2007-2008). Voyez aussi ceci : http://saint-emilion-histoire.com/index.php?post/2011/10/23/La-Soci%C3%A9t%C3%A9-d-histoire-et-d-arch%C3%A9ologie-de-Saint-Emilion-est-parvenue-%C3%A0-un-Modus-Vivendi-avec-la-mairie-de-Saint-Emilion-sur-la-vente-des-Cordeliers.

  3. Emmanuel Jatier

    C’est très amusant de lire vos remarques…sachez quand même que le bail locatif qui lie l’entreprise Les Cordeliers aux murs du cloître, qui appartiennent à la mairie, permet à l’entreprise de faire ce qu’elle veut du site… Autrement dit si elle voulait dés aujourd’hui fermer le cloître au public pour en faire du locatif haut de gamme, elle pourrait déjà le faire sans être propriétaire des murs… La vente permettrait uniquement au nouveau propriétaire de réaliser les travaux dont le cloître a besoin et que la mairie n’a pas les moyens de réaliser…

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