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Canterbury et Saint Albans, trésors anglais à Los Angeles

Le Getty Museum (Los Angeles) est décidément au coeur de l’actualité : après le roman de Gillion de Trazegnies, l’art roman anglais est mis à l’honneur avec une exposition centrée sur deux des plus grands chefs-d’œuvre britanniques. « Canterbury and St Albans, treasures from the church and cloister » met en parallèle deux pans de la peinture anglaise du XIIe siècle : monumentale avec les verrières de la cathédrale de Canterbury, et miniature avec les enluminures du psautier de Saint Albans.

Ces deux oeuvres exceptionnelles naissent dans des contextes particulièrement favorables à la création. Les six verrières exposées proviennnent de la série des « ancêtres du Christ », provenant de la cathédrale de Canterbury. Elles sont réalisées en 1174 (dans l’édifice en pleine reconstruction), au moment de l’essor du pélerinage lié à la canonisation de saint Thomas Becket. Le martyr, assassiné dans la cathédrale, y est inhumé et attire les foules. Un gigantesque ensemble de vitraux est ainsi réalisé sur le thème de la généalogie du Christ : 86 personnages en pied, un par lancette, prennent place dans les fenêtres de l’édifice. C’est la plus importante généalogie du Christ jamais réalisée : aujourd’hui, 43 figures de prophètes, de rois et de saints ont survécu.

Lareth, verrière des Ancêtres du Christ, Cathédrale de Canterbury  © Robert Greshoff Photography, courtesy Dean and Chapter of Canterbury.
Jared, verrière des Ancêtres du Christ, Cathédrale de Canterbury, 1178-1180
© Robert Greshoff Photography, courtesy Dean and Chapter of Canterbury.

Chaque lancette présente un personnage, bien individualisé par sa posture, sa physionomie et sa gestuelle. Sur un fond bleu, les figures se détachent notamment grâce à l’emploi d’une palette de couleurs assez claire et vive. Au XIIe siècle, seule la grisaille (qui comme son nom l’indique est de couleur grise) est employée comme peinture vitrifiable. Le jaune d’argent, la sanguine ou les émaux seront employés plus tardivement. La grisaille sert ici à peindre les traits du visage, dessiner les plis ou encore ombrer les figures. Les verres sont colorés au moment du soufflage, où ils sont teintés dans la masse.

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Noé, verrière des Ancêtres du Christ, Cathédrale de Canterbury, 1178-1180
© Robert Greshoff Photography, courtesy Dean and Chapter of Canterbury.

Les traits très stylisés, les plis géométriques qui soulignent le corps, la gestuelle très expressive des personnages rattachent cette série au répertoire stylistique roman (tandis que l’architecture elle, tend vers le gothique). Ces vitraux, normalement inaccessibles à la cathédrale de Canterbury, sont pour le temps d’une exposition visibles à l’oeil nu, à hauteur d’homme et permettent à loisir la comparaison avec l’autre grand vestige de la peinture du XIIe siècle : le psautier de Saint Albans.

Ce manuscrit exceptionnel par l’originalité de son style, de son iconographie et de ses textes a été réalisé dans le contexte d’une amitié spirituelle atypique entre une femme, Christina, et l’abbé de Saint Albans. Christina répudie son mari à la fin du XIe siècle et devient ermite emmurée auprès de Roger l’Ermite, à Markyate. Après la mort de Roger en 1121, Christina fonde une communauté de moniales et rencontre Geoffrey, l’abbé de Saint Albans. Touché par la spiritualité de Christina, il lui rend visite régulièrement et apporte sa contribution à la petite communauté de moniales. Cet ouvrage a sans doute été commandité par Geoffroy pour Christina, réalisé dans le scriptorium de Saint Albans entre 1129 et 1136.

Initiale A - psaume 48
Initiale A – psaume 48
Psautier de Saint Albans, vers 1130
Dombibliothek Hildesheim, HS St. God. 1, p. 166

Le psautier fait partie d’un ensemble de quatre fascicules enluminés : un calendrier (avec les fêtes propres aux vies de Christina et Geoffrey), un cycle de 40 miniatures racontant la vie du Christ (le cycle enluminé le plus important), une vie de saint Alexis et le psautier proprement dit, illustré par des interprétations littérales qui correspondent à la vision spirituelle de Geoffrey et Christina. Trois artistes se sont partagés la réalisation des enluminures (miniatures et initiales historiées). La qualité et le luxe de ces peintures font du psautier un vestige sans équivalent de l’enluminure du XIIe siècle.

Initiale S - psaume 68 Psautier de Saint Albans, vers 1130 Dombibliothek Hildesheim, HS St. God. 1, p. 202
Initiale S – psaume 68
Psautier de Saint Albans, vers 1130
Dombibliothek Hildesheim, HS St. God. 1, p. 202
Saintes femmes au tombeau Psautier de Saint Albans, vers 1130 Dombibliothek Hildesheim, HS St. God. 1, p. 50
Saintes femmes au tombeau
Psautier de Saint Albans, vers 1130
Dombibliothek Hildesheim, HS St. God. 1, p. 50

 

Il faut souligner le caractère exceptionnel de cette exposition, qui met en lumière deux des plus grands chefs-d’oeuvre de la peinture anglaise du XIIe siècle, qui de par leurs natures n’étaient pas destinés à être rapprochés.  Entre vitraux monumentaux et enluminures, les analogies apparaissent : dans les compositions, le style, les traits ou encore la palette.

David jouant de la harpe Psautier de Saint Albans, vers 1130 Dombibliothek Hildesheim, HS St. God. 1, p. 56
David jouant de la harpe
Psautier de Saint Albans, vers 1130
Dombibliothek Hildesheim, HS St. God. 1, p. 56
Thare, provenant de la verrière des Ancêtres du Christ, cathédrale de Canterbury, 1178-1180 ©Robert Greshoff Photography, courtesy Dean and Chapter  of Canterbury
Thare, provenant de la verrière des Ancêtres du Christ, cathédrale de Canterbury, 1178-1180
©Robert Greshoff Photography, courtesy Dean and Chapter
of Canterbury

Canterbury and St. Albans: Treasures from Church and Cloister 
September 20, 2013–February 2, 2014
J. Paul Getty Museum, Getty Center, Los Angeles 

 

 

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  1. By Canterbury et Saint Albans, trésors angl... 28 octobre 2013 at 21 h 49 min

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