Cluny 1120 © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Cluny dans Cluny – « Au seuil de la Major Ecclesia »

Recréer le portail de l’abbatiale de Cluny en plein Paris, c’est le pari fou – réussi – du Musée national du Moyen Âge et du Musée d’art et d’archéologie de Cluny. « Cluny 1120. Au seuil de la Major Ecclesia » est consacrée à cette entrée monumentale, disparue au XIXe siècle et dont l’étude ne cesse d’évoluer.

L’histoire débute avec la construction de cette abbatiale, hors norme, à l’initiative d’Hugues de Semur de 1088 à 1130. L’ordre clunisien est alors à son apogée, et l’église devient le plus grand édifice de la chrétienté, jusqu’à la réédification de Saint-Pierre de Rome. 187 mètres de long, 35 mètres de haut, 5 nefs, 2 transepts : ce gigantisme place l’abbatiale au sommet de la création architecturale, et ce pendant quatre siècles!

Vue de l'avant-nef de Cluny III, 1773-1780, Paris, BnF, Département des Estampes et de la Photographie. ©Bibliothèque nationale de France, Paris

Sous l’avant-nef  représentée au-dessus, un portail monumental accueille les fidèles et les religieux, haut de 16,60 mètres, large de 14 mètres environ. Entièrement sculpté, il représente un Christ en gloire dans une mandorle soutenue par des anges, entouré par les quatre évangélistes. De part et d’autre de ce tympan se déploit une cohorte d’anges aux voussures, et au linteau des scènes de la vie du Christ, dont les saintes femmes au tombeau et l’Ascension. Le tout est peint et offre aux yeux du pèlerin une vision absolument grandiose et démesurée.

Portail de l'avant-nef, extrait du film "Maior Ecclesia" 2010, ©Arts et Métiers ParisTech Cluny, Centre des Monuments Nationaux, on-situ

Du XIIe siècle au XVIIIe siècle, l’abbaye perd de son influence et de sa puissance, mais c’est la période révolutionnaire qui amorce la perte de Cluny. En 1789, elle devient bien national et ses bâtiments sont petit à petit démantelés, servant de carrière de pierre. Le portail n’échappe pas à cette destruction : le 8 mai 1810 il est démoli à l’explosif et démantelé.

Commence alors un patient et minutieux travail de reconstitution, mis en oeuvre par l’archéologue Kenneth Conant entre 1928 et 1950. C’est ici véritablement, que commence l’exposition du Musée de Cluny. Trois étapes guident le visiteur dans la découverte du portail. La fabuleuse restitution virtuelle de l’abbatiale, réalisée dans le cadre du fameux « projet Gunzo » nous plonge d’emblée au coeur de Cluny au XIIe siècle. Le décor est posé, il ne reste plus qu’à suivre les pas de K. Conant et se laisser porter vers la redécouverte – physique cette fois – du portail.

Kenneth Conant au cours des fouilles dans l'avant-nef de Cluny III, 29 août 1931, Cluny, Musée d'art et d'archéologie, ©Centre d'Etudes Clunisiennes

La seconde salle est consacrée au travail de l’archéologue : photos à l’appui, croquis, fouilles et représentations iconographiques anciennes de l’abbatiale… c’est le travail d’une vie entière qui est exposé au visiteur. Conant identifie les fragments dispersés (une partie seulement), qui constituent l’apothéose de l’exposition. Installés en partie sur une structure métallique, le Musée recrée le portail roman de l’abbatiale de Cluny, en plein coeur des thermes gallo-romains. Pour la première fois depuis l’explosion de 1810, ces fragments sont réunis pour participer à cette reconstitution grandeur nature. Cette vision n’est pas forcément définitive : comme le précise Damien Berné, conservateur et commissaire de l’exposition, il s’agit d’un instantané de la recherche, des éléments futurs pouvant bouleverser la compréhension actuelle de ce portail.

Tête d'ange, tympan du grand portail, Cluny vers 1120 ©Musée d'art et d'archéologie, Cluny

Les yeux en amande des anges, du soldat endormi, ou encore du majestueux Saint Pierre nous fixent : sans leurs pupilles de plomb le regard est toujours aussi intense dix siècles plus tard. Le style n’a pas d’autre qualificatif que « monumental », où la ligne joue un rôle essentiel.

Pour cette exposition, l’abbatiale ne pouvait pas choisir meilleur endroit que l’ancien hôtel des abbés de Cluny : « Cluny au carré » ouvre ses portes dès demain et sera accompagnée d’une visite par le commissaire de l’exposition le 5 avril et par une rencontre débat le 13 juin avec Juliette Tollier-Hanselmann, chargée d’études Arts et Métiers ParisTech et membre du projet Gunzo, Neil Stratford conservateur honoraire au British Museum et Eliane Vergnolle, professeur honoraire à l’Université de Besançon.

Cluny 1120 – Au seuil de la Major Ecclesia, Musée national du Moyen Âge, 6 place Paul Painlevé, Paris; du 28 mars au 2 juillet 2012.

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