©Sotheby's

Colombe eucharistique vendue chez Sotheby’s

Fin janvier, Sotheby’s présentait une colombe eucharistique du XIIIe siècle, d’une exceptionnelle qualité. Réalisée par un atelier limougeaud au début du siècle, cette colombe servait de suspense eucharistique, suspendue au-dessus de l’autel par des chaînes accrochées au ciborium. Ce type d’ouvrage dérive des couronnes votives du Haut Moyen Âge comme celle du trésor de Guarrazar, conservée au Musée de Cluny. Il semblerait que ces colombes soient apparues au VIIIe siècle en Occident (sans doute plus tôt en Orient). On les désigne aujourd’hui comme des réserves eucharistiques, il s’agit toutefois d’un terme anachronique remontant à l’ère post-tridentine : leur première fonction était de constituer une réserve pour le viatique des mourants, puis elles deviennent le premier stade d’un mouvement centré sur l’adoration de Dieu à travers l’hostie (l’adoration du Saint Sacrement, pratique qui existe encore aujourd’hui. Voir les articles de Jacques Foucart Borville sur l’historique et l’évolution des suspenses eucharistiques et des tabernacles, dans le Bulletin Monumental ici et ici).

Colombe eucharistique, vers 1215-1235 ©Sotheby's
Colombe eucharistique, vers 1215-1235 ©Sotheby’s

Colombe 3

Colombe 1

Cette colombe ornée d’émail champlevé s’ouvre sur le dos : on y plaçait les hosties consacrées. Elle est posée sur un socle en cuivre émaillé lui-aussi, toutefois son authenticité est remise en question. Cette oeuvre appartenait au célèbre collectionneur et marchand Frédéric Spitzer (1815-1890), passionné par l’art médiéval et de la Renaissance. Des collectionneurs comme Adolphe de Rothschild et Richard Wallace s’adressent à lui, et comme une majorité « d’antiquaires » au XIXe siècle, il n’hésite pas à façonner les oeuvres en ajoutant quelques compléments (d’où la question de l’authenticité du socle de la colombe, élément très rarement conservé). Après sa mort, son immense collection est mise en vente : il faudra trois mois d’enchères pour vendre le tout. Dans le catalogue établi pour l’occasion, on la retrouve très nettement au 2e rang en partant du haut, à la 6e place à gauche.

c0005b9773c308b0d6c7b98f22620048

Elle est achetée en 1893 par un particulier et reste manifestement dans sa collection jusqu’à janvier 2016, où elle est vendue chez Sotheby’s au prix de 792 500 $. Elle faisait partie d’un lot de sculptures et peintures dont la contemplation vaut le détour, à défaut de pouvoir les acquérir http://www.sothebys.com/en/auctions/2017/master-paintings-sculpture-day-sale-n09602.html 

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.
Required fields are marked:*

*