Engrand le Prince, peintre verrier de Beauvais

Les églises de Beauvais abritent sous leurs voûtes les oeuvres de l’une des plus grandes dynasties du vitrail français : les Le Prince. Travaillant au sein d’un atelier familial, Lorin le Prince (documenté en 1491) puis Jean, Engrand, Nicolas et Pierre garnirent de verrières les fenêtres des églises beauvaisiennes. Le plus célèbre d’entre eux fut Engrand, dont le génial talent est unanimement reconnu : « Je reconnaîtrais partout un vitrail d’Engrand Le Prince à la liberté du dessin, à l’indication large des modelés, aux touches légères de jaune d’argent qui brillent comme l’or dans la lumière des étoffes blanches, aux oppositions justes des tons les plus éclatants. » L. Magne (L’Œuvre des peintres verriers français, 1888).

S’il éclipsa la personnalité de ses parents (leurs liens précis ne sont pas connus), ils travaillèrent tous au sein de la même structure. Trois générations de peintres verriers se succédèrent : Lorin en 1491, puis Jean (1496-1538) & Engrand (1522 à 1531), et enfin Nicolas (1527-1551) et Pierre Le Prince (1530-1561). Leurs vitraux sont en majeure partie conservés à Beauvais, à Saint-Etienne où Engrand Le Prince fut d’ailleurs inhumé, ainsi qu’à la cathédrale Saint-Pierre.

Arbre de Jessé, vers 1522

L’oeuvre majeure d’Engrand fut l’arbre de Jessé de Saint-Etienne, au sein duquel il se représenta en tant que Roboam, la signature ENGR figurant sur les manches de sa tunique ne laissant pas la place au doute.

Engrand le Prince en Roboam

L’une des caractéristiques de l’art d’Engrand est cette liberté : de touche, de composition: les personnages n’étant pas asservis par un cadre architectural strict mais évoluent sans contrainte dans la verrière, et cette virtuosité technique dans l’emploi des verres : aux couleurs éclatantes, les drapés s’envolent, animés par des ajouts subtils de grisaille et une grande maîtrise de la coupe du verre.

L’église Saint-Etienne conserve de nombreuses autres oeuvres du peintre verrier : un Jugement Dernier :

Christ Juge, Engrand le Prince, vers 1522

Une déploration sur le corps du Christ, dont cette Marie-Madeleine fait partie : vêtue d’une robe aux manches à crevées et parée de multiples atours, elle semble tout droit sortie du XVIe siècle, représentée devant une architecture fortifiée qui a plus à voir avec les châteaux forts du Moyen Âge que des coupoles de Jérusalem.

Marie-Madeleine, Engrand le Prince, vers 1522

le vitrail de l’enfance de saint Etienne et de la fontaine de vie, avec la teinte magnifique de la tunique du diacre :

Saint Etienne, Engrand le Prince, vers 1524

Ses parents laissèrent eux-aussi leur trace, notamment avec le fameux vitrail de la Santa Casa de Lorette, la légende de saint Claude ou encore la vocation de saint Pierre.

Santa Casa de Lorette, Pierre le Prince, vers 1530

 La cathédrale possède également une verrière d’Engrand, mais sa production ne se limita pas à la seule ville de Beauvais. L’Oise, le Vexin français ou encore la Normandie conservent en nombre d’autres chefs-d’oeuvre : à Aumale, Ménerval, Infreville, Gisors, Louviers et Rouen. Grâce à la commande de beauvaisiens implantés dans la capitale normande, Engrand le Prince et son atelier réalisèrent une dizaine de vitraux pour l’ancienne église Saint-Vincent. Si cet édifice est aujourd’hui complètement détruit, les verrières sont remontées dans l’église moderne Sainte-Jeanne-d’Arc, dont l’architecture a été pensée pour servir d’écrin à ces magnifiques vitraux! Véritables manifestes du renouveau antique, ces oeuvres ont marqué à tel point les rouennais que l’atelier beauvaisien fit des émules en Normandie jusqu’à la fin du XVIe siècle. Quelques fragments sont également conservés au Musée de la Renaissance à Ecouen, et au Musée de Philadelphie, provenant en majeure partie d’une verrière exécutée pour la cathédrale de Rouen.

Eglise Sainte-Jeanne-d'Arc, Rouen

2 Comments

  1. Caroline

    Magnifiques vitraux … encore plus impressionnants de virtuosité en vrai !

  2. greg

    Superbe ! La verrière de l’église de Rouen est très impressionnante …

One Trackback

  1. By Le vitrail sort de sa réserve! | On dit médiéval, pas moyenâgeux ! 2 juin 2013 at 18 h 35 min

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