Frontispice enluminé - Coran Iran, 1594. Papier, 450 folios, 39 × 25,5 cm BnF, Manuscrits, arabe 418, f. 2 v°-3 © 2011 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Expositions en cours – septembre 2011

Avant d’explorer les grands évènements de cette rentrée 2011, je propose ici de faire le point sur celles qui sont dores et déjà en place.

La première d’entre elles se situe sous les tours de la BNF Richelieu : aujourd’hui rouvre le fameux quadrilatère, qui va héberger pour une semaine supplémentaire l’exposition Enluminures en terre d’Islam. C’est donc la semaine de la dernière chance pour cette très belle exposition qui présente toute la complexité et la richesse de l’enluminure du Moyen Orient. La production médiévale est ici divisée en deux catégories : figurative et non-figurative. Sous le coup de l’interdit de la figuration dans la religion islamique, l’enluminure est le support de jeux de calligraphies poussés à l’extrême : l’écriture devient art. Petit à petit, la figuration s’introduit dans les manuscrits et dès le XVe siècle, se généralise. Le Coran se mêle aux ouvrages profanes : recueils poétiques, oeuvres littéraires ou encore chroniques historiques sont mis en valeurs par une scénographie s’inspirant des couleurs enluminées. Le plus de la BNF, comme toujours, se situe sur internet : l’exposition virtuelle permet à l’internaute de feuilleter les livres numérisés, de consulter les dossiers sur les oeuvres, l’iconographie bref une deuxième exposition pour ceux qui n’ont pas le courage de se déplacer.

 

Frontispice enluminé - Coran Iran, 1594. Papier, 450 folios, 39 × 25,5 cm BnF, Manuscrits, arabe 418, f. 2 v°-3

L’idéal de visite serait de coupler cette exposition avec son pendant occidental : de la rue de Richelieu au musée du Louvre, il n’y a qu’un pas pour découvrir les 70 enluminures flamandes, françaises, italiennes, germaniques présentées par le département des Arts Graphiques. Du XIe au XVIe siècle, le musée révèle un fonds assez méconnu, abritant de grands noms de la peinture médiévale : Jean Fouquet, Lorenzo Monaco, Guillaume Vrelant… Au-delà du plaisir de découvrir ces pages, il est intéressant de bien différencier la vocation du Louvre et de la BNF. Si cette dernière conserve et souvent expose desmanuscrits, ici le musée présente des feuillets totalement séparés de leur ouvrage d’origine : les pages ont été souvent arrachées pour être revendues séparément, au titre de peintures à part entière. A la fois vestiges de la production artistique et créations du marché de l’art, ces 70 feuillets complètent parfaitement l’exposition de la BNF afin de créer une vision générale de l’enluminure entre Occident et Moyen Orient.

 

Les trois Marie au tombeau - Lorenzo Monaco. Paris, Musée du Louvre, cabinet des Dessins, RF 830.

Restons au Louvre avec Les premiers ateliers italiens de la Renaissance, qui propose des dessins et incunables issus de la collection du baron Edmond de Rothschild. Cette exposition, que l’on présente comme une « introduction à l’estampe », met en avant l’élaboration de livres de modèles, de formules de représentation (qui cadre tout à fait avec le colloque de Nancy les 5 et 6 novembre 2011 « la formule au Moyen Age » sur l’usage de la reprise et son omniprésence). On met le doigt sur le travail d’atelier où ces « modèles », « pourtraicts », étaient des outils indispensables à la réalisation d’une productionunitaire. Cette exposition met également et surtout en valeur la technique de la nielle sur papier, véritable prélude à l’estampe, qui devint après le XVIe siècle totalement inusitée. Le cadre de la première Renaissance florentine permet de retrouver des noms parfois plus ou moins connus de tout manuel d’histoire de l’art qui se respecte. Cette exposition est aussi l’occasion de mieux connaître le baron de Rothschild comme collectionneur avisé, qui acheta plusieurs séries d’albums et de carnets de modèles à la fin du XIXe siècle, rachetées par le Louvre en 1935.

Le cavalier de baton - carte à jouer, Anonyme florentin du XVe siècle Paris, Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques, 3774 LR
Cour intérieure d'un palais - Copiste d'Altichiero Paris, Musée du Louvre, cabinet des Arts Graphiques, 854 DR.

Quittons la rive droite pour le musée de Cluny qui abrite pour une dernière semaine L’épée. Usages, mythes et symboles. Cette manifestation est la première dédiée entièrement à l’épée médiévale et regroupe près de 120 oeuvres allant du Ve siècle auXVe siècle. Joyeuse, Durandal ou l’épée de Jeanne d’Arc : de véritables légendes installées dans les vitrines des thermes gallo-romains.  À travers les siècles, le musée retrace les différents usages et symboles de cet objet : le combat et la guerre en premier lieu, mais également la chasse, l’adoubement du chevalier, le sacre des rois de France (avec Joyeuse, l’épée de Charlemagne) … Très ludique, cette exposition réserve de belles surprises, comme le dernier duel de l’Histoire de France avec le non moins célèbre Gaston Deferre, des extraits de Sacrée Graal mais surtout la possibilité de s’essayer soi même à l’épée!

Joyeuse - Epée de Charlemagne, Pommeau du X-XIe siècle Fusée XIIIe siècle Quillons XIIe siècle . Paris, Musée du Louvre, Département des Objets d'Art, MS 84.

Enfin un dernier passage à la Tour Jean sans Peur, toujours à Paris, clôturera cette tournée des expositions. Au lit au Moyen Age ne concerne pas directement l’histoire de l’art médiéval (d’ailleurs en dehors de la reconstitution d’un lit du XVe siècle il n’y a que des panneaux), mais l’évocation des rêves et des cauchemars représentés notamment dans les enluminures permet d’aborder l’imaginaire médiéval, ses légendes et soniconographie profane. Enfin c’est aussi l’occasion de visiter ce dernier vestige du palais des ducs de Bourgogne bâti au XVe siècle avec un escalier à vis et sa voûte sculptée, rappelant celui disparu du Louvre médiéval.

Tour Jean sans Peur - Paris

Enluminures en terre d’Islam, entre abstraction et figuration. BNF, site Richelieu, Galerie Mansart – 5 rue Vivienne, Paris 2 – jusqu’au 205 septembre 2011. http://expositions.bnf.fr/islam/

Enluminures du Moyen Age et de la Renaissance. Musée du Louvre, Aile Denon – Paris 1 -jusqu’au 10 octobre 2011.

De Finiguerra à Botticelli. Les premiers ateliers italiens de la Renaissance. Musée du Louvre, Aile Sully – Paris 1- jusqu’au 10 octobre 2011.

L’épée. Usages, mythes et symboles. Musée National du Moyen Age, Thermes gallo-romains, 6 place Paul Painlevé, Paris 5 – jusqu’au 26 septembre 2011.

Au lit au Moyen Age. Tour Jean sans Peur- 20 rue Etienne Marcel, Paris 2 – jusqu’au 13 novembre 2011.

 

4 Comments

  1. Caroline

    J’ai eu la chance de visiter l’expo de Cluny avant la fermeture et en effet, elle était très intéressante ! Des épées-jouets pour les enfants du moyen âge étaient exposées en face d’épées Playmobil et c’était très émouvant de les comparer et de voir que l’Homme n’a finalement pas changé …

  2. Magali

    Voilà une suggestion intéressante pour passer une journée « médiévale » sur Paris. Pour les amateurs du Moyen-Age résidant en Ile-de-France, je suggère, après la visite de Chantilly avec ses Très Riches Heures du Duc de Berry, un parcours au coeur de la splendide cité médiévale de Senlis, dans l’Oise.

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