vierge_a_lenfant_turin © 2011 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Fra Angelico & les maîtres de la lumière

Le musée Jacquemart André abrite depuis quelques jours déjà la première exposition française entièrement dédiée au peintre toscan du XVe siècle : Fra Angelico. Si malheureusement il était impossible d’amener jusqu’à nous les fresques somptueuses du couvent de San Marco, le musée rassemble ici un ensemble d’oeuvres provenant en partie de grandes collections italiennes. Guido di Pietro devenu Fra Giovanni en religion, plus connu sous le surnom de Fra Angelico ou Beato Angelico, allia les principes théoriques de la perspective avec la valeur mystique de la lumière, proposant une production assez unique dans le milieu florentin du XVe siècle.

L’exposition présente une vingtaine d’oeuvres du maître, accompagnées de panneaux et de miniatures des peintres qui l’ont et qu’il a inspiré, ces fameux « maîtres de la lumière ». La scénographie propose un parcours chronologique commençant par les premières années du moine, fortement influencées par le gothique international et Lorenzo Monaco, son maître. C’est au sein du monastère de Fiesole que le moine va se former à l’esthétique précieuse du gothique international, tout en développant un goût très prononcé pour les couleurs vives, éclatantes de lumières.

Antiphonaire, par Fra Angelico vers 1419-1423.

Ses oeuvres de jeunesse reflètent également l’influence des thèmes monastiques et notamment de l’ordre des Camaldules, dont le mode de vie érémitique inspira les « Thébaïdes » : petits panoramas dans lesquels déambulent des moines.

Thébaïde, par Fra Angelico vers 1420.

L’exposition présente ensuite les innovations mises en oeuvre dans le milieu florentin des années 1430-1440, notamment la disparition progressive du fond d’or laissant place à des paysages en perspective, comme ce magnifique panneau de Paolo Ucello « Saint Georges terrassant le dragon » ou encore ce fragment de la prédelle du retable de San Marco par l’Angelico lui-même.

Saint Georges terrassant le dragon, par Paolo Ucello 1439-1440
Martyre des saints Côme & Damien, par Fra Angelico vers 1438-1443.

Le parcours nous emmène ensuite chez les « collaborateurs » de Fra Angelico : s’il est délicat de parler d’un atelier dont nous savons peu de choses, plusieurs peintres diffusèrent les formules de représentation du maître, tant dans le traitement de la lumière et des couleurs que dans les compositions : Philippo Lippi, Allesso Baldovinetti et Zanobi Strozzi qui se démarque comme l’un de ses principaux assistants.

Vierge d'humilité avec deux anges, par Zanobi Strozzi vers 1448-1450.

Les dernières salles se consacrent enfin uniquement au maître, en développant ses thèmes iconographiques privilégiés, notamment la figure de la Vierge dont il réalisera plusieurs variations tout au long de sa carrière. Mis côte à côte, ces panneaux mettent en valeur l’évolution de son art notamment avec l’emploi de couleurs de plus en plus vives et l’introduction de la perspective.

Madone de Cedri, Fra Angelico vers 1420
Couronnement de la Vierge, Fra Angelico vers 1435

 

Vierge à l'Enfant, Fra Angelico vers 1450

Enfin l’exposition se termine sur les « chef-d’oeuvres » de Fra Angelico : l’armoire des ex-voto d’argent, conçue pour accueillir les offrandes à Santa Annunziata – seul le 3e panneau est exposé ici – : pour laquelle Fra Angelico disposa sa composition en registres eux-mêmes divisés en scènes munies de cartouches explicatifs, créant ainsi une véritable BD. C’est ici un concept assez simple que mit en place le maître, afin de présenter un programme iconographique et théologique très complexe inspiré de Saint Thomas d’Aquin.

Armoire des ex-voto d'argent, Fra Angelico vers 1450

L’oeuvre la plus frappante est sans nul doute la prédelle du retable de Bosco ai Frati représentant le Christ de pitié entouré des saints Pierre, Bernardin, Dominique, Paul, Jérôme et Benoît. Le réalisme des visages et la présence donnée aux personnages font de ce simple registre inférieur, de soubassement de retable, un panneau à part entière.

Predelle du retable de Bosco ai Frati, Fra Angelico vers 1450-1452

Si la qualité des oeuvres présentées et le talent de Fra Angelico et des « maîtres de la lumière » ravissent à coup sûr le promeneur en goguette, en revanche l’amateur éclairé peut être vite déçu, à la fois par la scénographie trop simpliste et les salles exiguës, par l’attribution quelque fois discutable de certaines enluminures et par l’absence des oeuvres clés du peintre! Les thèmes iconographiques chers à l’artiste sauraient-ils être présentés sans au moins une Annonciation? Les fresques de San Marco n’auraient-elle pas pu être présentées sous une autre forme qu’une simple video (si petite!) au sein de l’exposition : reléguées en dehors du parcours, elles semblent n’être qu’annexes alors qu’elles incarnent pleinement la modernité de ce peintre si atypique! Si le charme du musée Jacquemart André opère sans nul doute, on ne peut s’empêcher d’être un rien déçu par la sobriété de cette exposition qui nous transporte dans la Florence du XVe siècle.

À voir : l’exposition virtuelle proposée par le musée (clic sur l’image)

l’interview de Nicolas Sainte-Fare-Garnot, conservateur du musée Jacquemart-André

et la découverte du couvent San Marco à Florence et de ses fresques (clic sur l’image) :

Annonciation, par Fra Angelico vers 1440-1442

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.
Required fields are marked:*

*