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Gaston Fébus – suite et fin

Hier j’ai eu la chance de visiter l’exposition dédiée à Gaston Fébus au musée de Cluny. Si un précédent article faisait une rapide présentation de ce personnage haut en couleurs, aux multiples facettes, celui-ci sera consacré à l’exposition et la mise en scène parisienne. À travers une sélection de 85 oeuvres, le musée retrace la vie et la complexe personnalité du comte de Foix .

Dès les premiers pas, le visiteur est frappé par le caractère et la mégalomanie de celui qui s’appela lui même Fébus (selon la graphie occitane), qui signifie Soleil ou Apollon. Habile diplomate et politique, il bâtit une grande partie de sa fortune sur les sommes qu’il tirait des rançons des prisonniers faits lors de ses victoires. Devenant « l’homme le plus riche du royaume », il prêtait aux princes et entretenait un train de vie fastueux en sa cour d’Orthez.

L’exposition met d’abord en avant l’échiquier politique autour de Gaston Fébus, en présentant notamment des actes signés par les grands de l’Europe du XIVe siècle : Fébus avait en effet à faire face à l’héritier du trône d’Angleterre préparant son offensive contre la France, aux souverains bordant ses terres situées en Espagne et aux conflits internes contre les comtes d’Armagnac à la cour de France. Derrière ses manigances politiques, la volonté d’unifier ses états situés entre l’Ariège et le Béarn primait. Parmi les oeuvres présentées, une lettre du Prince Noir demandant à Fébus de venir à sa cour, permet d’apprécier la roublardise du comte, qui pretexta une jambe malade pour repousser son voyage.

La deuxième thématique met en avant cette image qu’il se plait à graver sur sa propre monnaie. « j’ay belle prestance » écrivait-il, et aimait à se parer des plus beaux atours. Pour cette occasion, le musée de Cluny expose de magnifiques borderies, lampas et soieries ornées de motifs et de pierreries.

Quant à ses châteaux, les places fortes édifiées par Fébus dans le paysage méridional, ils témoignent de la munificence de sa cour. Si aujourd’hui il ne reste que la tour maîtresse du château Moncade, à Orthez, de nombreuses aquarelles, photographies  et estampes (notamment de Gustave Doré) font revivre ces édifices emblématiques.

Guiterne, début du 14e siècle, British Museum

Cette cour d’Orthez, décrite par Jean Froissart dans ses chroniques, était alors un centre que fréquentaient les plus grands : le duc de Berry, Charles VI, le Prince Noir… sans toutefois aucune présence féminine. L’exposition présente à la fois son penchant pour la musique et la poésie, via une magnifique pièce prêtée par le British Museum, ainsi que l’opulence de sa table, par la présentation de pièces de vaisselle. Si celles du comte n’ont pas survécu, le musée propose une sélection d’hanap, de gobelets, d’aiguières et de cuillères, certains ornés de scènes animales chères au comte.

Car la passion de Gaston Fébus résidait dans l’exercice de la chasse et son intérêt pour les animaux. Auteur du Livre de la Chasse, premier ouvrage à décrire les bêtes dans leur environnement naturel, proposant de véritables planches zoologiques. L’exposition présente plusieurs de ces ouvrages, dont le magnifique et luxueux exemplaire illustré par le maître de Bedford vers 1407.

Livre de la chasse, par le maître de Bedford vers 1407

Afin de profiter au mieux de ces miniatures, le musée projette des agrandissements permettant d’admirer la finesse et la richesse des peintures.

Enfin l’épilogue, tragique, conclut l’exposition par la mort de son fils légitime, emprisonné par Fébus lui même, la répudiation de sa femme, la mort subite du comte, et celle, célèbre, de son fils bâtard Yvain lors du bal des ardents.

Mis en lumière par une scénographie élégante et moderne, Gaston Fébus livre ici toute la richesse de son personnage, à la fois l’habile diplomate, le prince fastueux, le père et le mari intransigeant, et le passionné de chasse et d’histoire naturelle. C’est un des hommes clés de cette France du XIVe siècle, alors en plein tourments de la guerre de Cent Ans, qui nous est présenté avec brio par le Musée de Cluny. Au printemps 2012, le Musée National du château de Pau présentera le deuxième volet de cette rétrospective, exposant par ailleurs le bel exemplaire en grisaille réalisé à Avignon du temps de Fébus lui-même.

Gaston Fébus,1331-1391, Prince Soleil, Musée National du Moyen Âge, 6 place Painlevé, Paris, du 29 novembre 2011 au 5 février 2012

Gaston Fébus, 1331-1391, Prince Soleil. Armas, amors e cassa, Musée National du château de Pau, du 17 mars au 17 juin 2012.

Source : Musée de Cluny

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