Denise Poncher devant la vision de la Mort, Les Heures Poncher, Maître de la chronique scandaleuse, vers 1500, ©Getty Museum © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Images de la Mort au Moyen Âge / Getty Museum

L’iconographie macabre est au coeur de la nouvelle exposition du J. Paul Getty Museum à Los Angeles. Heaven, Hell and Dying well : images of death in the Middle Ages s’intéresse aux représentation de la mort et de son au-delà.

Au Moyen Âge, ces thèmes sont particulièrement développés, ne serait-ce que dans l’iconographie néo-testamentaire : la résurrection de Lazare, la dormition de la Vierge ou encore la Mise au tombeau. Le Jugement Dernier trouve une place monumentale à l’entrée des églises, sur les portails sculptés romans à Conques par exemple, puis connait son apogée à l’époque gothique, où les portails de Chartres, Amiens, Paris et Bourges trouvent un espace particulièrement propice à son déploiement. À partir des XIIIe et XIVe siècles, l’art offre une vision sans complaisance de la réalité de la mort : de nouveaux thèmes iconographiques apparaissent comme la représentation de la mort personnifiée dès le XIIIe siècle, puis le transi, successeur du gisant qui apparait dès le XIVe siècle et qui montre le cadavre montrant les premiers signes de la putréfaction. Les danses macabres comme celle de la Chaise-Dieu montrent squelettes et hommes de toutes conditions participer à une procession. Aux XVe et XVIe siècle, le goût pour le macabre est toujours aussi fort et les artistes exploitent largement le thème, notamment dans l’enluminure.

Denise Poncher devant la vision de la Mort, Les Heures Poncher, Maître de la chronique scandaleuse, vers 1500, ©Getty Museum

Cette exposition s’appuie essentiellement sur l’enluminure de la fin du Moyen Âge, et sur quelques vitraux, panneaux peints et photographies de sculptures conservées au Getty, et développe trois thématiques principales : l’art de la mort, la descente aux enfers et damnation et salut.

Enterrement, Livre d'Heures, maître de Spitz, vers 1420, ©Getty Museum

L’imagerie morbide est donc, nous l’avons vu, très présente dans les manuscrits enluminés de la fin du Moyen Âge, notamment les livres de dévotion privée. Les miniatures mettent en lumière la préoccupation du propriétaire de l’ouvrage pour les questions de la mort : lit de mort, rites funéraires et sort incertain des âmes défuntes attirent l’attention sur le caractère éphémère de la richesse matérielle. Parmi ces représentations morales, celle du Dit des trois vifs et des trois morts est l’une des plus anciennes (XIIIe siècle). Elle met en scène la confrontation entre trois jeunes nobles et trois (nobles) défunts : ici les cadavres ressuscités leur bloquent le chemin. Sur les bordures, parmi les fleurs et les feuilles d’or, se cache un crâne rappelant au lecteur que la mort est cachée dans les plaisirs mondains. Cette iconographie moralisante encourage donc le lecteur à se préparer intérieurement et à contempler la mort.

Les trois vifs et les trois morts, Livre d'heures de Crohin-la-Fontaine, maître du livre d'Heures de Dresde, vers 1480-1485, ©Getty Museum

Après ce passage obligé, quel est le sort réservé à l’âme du défunt? Le Getty Museum plonge le visiteur dans les affres de l’Enfer et de la vision haute en couleurs de l’imaginaire médiéval, à travers les récits du chevalier Tondal (écrit en 1100) et de la Divine Comédie :  le voyage à travers l’enfer et le paradis enseigne aux personnages la valeur de la pénitence. Dans la seule version illustrée connue de Tondal, Simon Marmion suit fidèlement le texte en représentant l’enfer comme un monde souterrain avec des régions consacrées aux punitions des divers péchés, puis le paradis comme un royaume grandiose.

(voir la vidéo interactive du récit de Tondal à travers le manuscrit de Simon Marmion)

Le monstre Acheron, Les visions du chevalier Tondal, Simon Marmion, 1475 ©Getty Museum

Enfin le salut termine ce parcours initiatique, avec les représentations du Christ en croix, mort pour racheter les péchés de l’humanité. L’accent est mis sur les souffrances endurées par le Christ, dans une volonté de salut. Si la crucifixion incarne l’espoir d’une rédemption pour le croyant, la damnation n’en est pas moins vivace dans l’ordre moral médiéval et son iconographie aussi présente.

Crucifixion, Maître de Dreux Budé, avant 1450, ©Getty Museum

Heaven, Hell, and Dying Well: Images of Death in the Middle Ages, Getty Center, Los Angeles, du 29 mai au 12 août 2012

 

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