Capture d’écran 2011-09-29 à 15.17.08 © 2011 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

la Cité Interdite au Louvre

Aujourd’hui a ouvert l’exposition « La Cité Interdite au Louvre, empereurs de Chine et rois de France ». Si à première vue le lien entre ces deux nations parait étrange, l’exposition dévoile au fil du parcours des rapports plus forts qu’on ne pourrait penser, entretenus dès le XIIIe siècle. Cette diplomatie entre Asie et Occident au Moyen Age était un pan de l’histoire, pour ma part, assez méconnu.

Lettre de l'Ilkhan Arghoun à Philippe le Bel, fin XIIIe siècle

La première salle expose en effet les lettres échangées entre Philippe le Bel et les khans  ilkhanides au sujet d’alliances possibles contre les « mamelouks », la copie du Livre des Merveilles initialement offert à Charles de Valois par Marco Polo (résidant à Pekin à la fin du XIIIe siècle) ainsi que l’Atlas Catalan qui intégra la bibliothèque de Charles V en 1375.

Marco Polo arrivant dans un port chinois - Livre des Merveilles

Cette mappemonde (dont ici n’est exposé qu’un fac-similé, l’original étant à la BNF) présente une carte de la Chine et de Pekin, laquelle est décrite en ces termes  « La cité s’étend sur vingt miles, entourée d’un mur long de six miles, muraille de plan carré haute de vingt pieds, épaisse de dix, avec douze portes et une grosse tour avec une cloche qui sonne au lever et au coucher du soleil. Après le couvre-feu il n’est plus permis de circuler et à chaque porte sont postés mille hommes. » La BNF propose une étude poussée de ces 6 parchemins collés sur bois, disponible sur leur site (clic sur l’image)

Asie - Atlas Catalan, fin XIVe siècle

Côté oeuvres chinoises, le palais impérial n’a pas lésiné sur le nombre et la qualité des prêts : rouleaux, laques, costumes de soie… un dépaysement radical, comme cette tortue crachant des vapeurs d’immortalité, datant du milieu du XIIe siècle.

Tortue divine, Musée du Palais Impérial, Pékin. Milieu du XIIe siècle.

De même les portraits des monarques du XIVe siècle, assez vivants, tranchent avec le portrait contemporain de Jean le Bon conservé quelques étages plus hauts dans ce même musée.

Portrait de Jean le Bon
portrait de Yake Tegusi

Enfin le clou de l’exposition, soigneusement conservé à l’abri des regards à Pékin, sont les tablettes de jade incrustées de caractères d’or datant du XIVe siècle, livre funéraire du premier empereur de la dynastie Ming, Hongwu dont elles relatent les hauts faits. Pour la première fois, celles-ci quittent la Chine et sont dévoilées au grand public!

Je m’arrêterais à la période médiévale, mais l’exposition continue à travers les siècles, mettant en parallèle les influences diverses d’un royaume à l’autre, avec comme point d’orgue la reconstitution de la salle du trône et de ses éventails, brûle-parfums et laques à couper le souffle. De même les costumes prêtés par le musée impérial, en soie brodée, sont absolument somptueux. Parfois les échanges culturels donnent lieu à de succulents mélanges, comme cet empereur régnant au XVIIIe siècle, représenté à l’occidentale, poudré et coiffé d’une perruque comme son contemporain Louis XV, ou encore la représentation des ambassadeurs français… portant des chapeaux bretons.

Portrait de l’empereur Yongzheng en costume occidental - Musée du Palais Impérial, Pékin

Le principal bémol de cette « Cité Interdite au Louvre » réside dans la disposition et la scénographie de l’exposition. Eparpillée en trois parties bien distinctes, la visite est entrecoupée de changement de salle voire même d’aile pour l’empereur Qianlong et sa cour impériale. De même la lecture est brouillée par la présence de l’exposition au milieu des salles de l’histoire du Louvre (présentant d’ailleurs les vestiges de la salle Saint-Louis issus des fouilles du Louvre médiéval) et si des tracts sont sensés être distribué au public pour faciliter la compréhension, je n’en ai pas vu l’ombre d’un. Dès lors, comment ne pas être agacé par ces va et vient permanent qui nuisent clairement à la cohérence de l’ensemble. Pourquoi le Louvre n’offre-t-il pas à cette exposition la place qui lui est due? Sans doute en raison du « royaume d’Alexandre le Grand » prévu pour la mi-octobre, dont les caisses s’amoncellent à l’heure actuelle dans le grand hall Napoléon.

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