Pietà avec saint Jean et deux anges © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

La Pietà de Jean Malouel entre au Louvre

La Pietà de Jean Malouel, déclarée trésor national, est désormais la propriété du Louvre. La participation du groupe Axa fut décisive pour atteindre les 7,8 millions d’euros nécessaires à son acquisition.

Pietà avec saint Jean et deux anges

On ne peut que se réjouir de l’arrivée d’une telle oeuvre au Louvre, mettant ainsi en lumière la riche collection d’art médiéval du musée. Pourtant, son origine et sa vente font polémique. La pietà se trouvait dans la remise du presbytère de Vic-le-Comte, dans le Puy-de-Dôme. Elle fut vendue par le prêtre de la paroisse à un antiquaire local pour une modique somme compte tenu de sa valeur réelle. Si l’oeuvre était donc conservée dans un bâtiment de la paroisse, elle n’appartenait pourtant pas à l’Eglise ni au clergé mais à la commune de Vic-le-Comte. La légalité de la vente paraissait donc remise en question. C’est d’ailleurs ce qui posa problème au Louvre dès 1999, lorsque l’antiquaire lui proposa l’oeuvre de Malouel. Après moults recherches, il s’avère aujourd’hui que la commune n’avait pas connaissance de l’existence de cette Pietà. Le Louvre a ainsi pu acquérir en toute légalité le panneau, en reversant toutefois 2,3 millions d’euros à la municipalité de Vic-le-Comte.

Intéressons-nous maintenant au panneau en lui même : de forme rectangulaire, il se termine par un arc en plein cintre, entouré d’un cadre doré et semble-t-il, ciselé. La composition est assez serrée, contrainte par le cadre étroit et oblige le peintre à présenter les personnages quasiment debout. Le corps du Christ est soutenu par des anges et saint Jean qui s’apprêtent à l’envelopper dans un linceul blanc. La Vierge, qui se tient derrière, a le visage barré par un long lambeau de peinture arrachée. Un détail nous permet d’admirer la délicatesse des traits du Christ et de saint Jean, du nimbe ciselé, incisé dans la peinture et le bois ou encore du galon finement peint à l’or sur le voile de Marie.

Grande pietà ronde, musée du Louvre

Si l’on compare ce panneau avec la pietà ronde du même artiste, conservée au Louvre, on ne peut s’empêcher de remarquer la similitude des traitements des visages du Christ et de saint Jean et le même chromatisme raffiné. Du corpus de Jean Malouel, on ne connait que peu d’oeuvres : les deux pietà du Louvre, réalisées autour de 1400, une Vierge à l’Enfant entourée d’anges conservée à Berlin et le retable de saint Denis, au Louvre également. Le musée français possède désormais la quasi totalité des oeuvres de Malouel.

Vierge à l'Enfant entourée d'anges, Staatliche museen, Berlin, vers 1410

Originaire d’une famille d’artistes de Nimègue (il était l’oncle des frères Limbourg), Jean Malouel fut d’abord au service de la reine Isabeau de Bavière à Paris en 1396. En 1397, il devient peintre en titre du duc de Bourgogne Philippe le Hardi, à Dijon, puis de Jean sans Peur et le restera jusqu’à sa mort. Il succède à Jean de Beaumetz sur le chantier de la chartreuse de Champmol. On sait par des documents qu’il exécuta de nombreux travaux décoratifs, dont la décoration murale des bâtiments de la chartreuse, la peinture du Puits de Moïse de Sluter (1400-1403), celle du tombeau du duc Philippe le Hardi (1410). Il peint pour le duc des tableaux de piété, 5 retables pour l’église de Champmol dont il ne subsiste aujourd’hui que le retable de saint Denis. Jean Malouel mourut à Dijon en 1415 et ne finit d’ailleurs jamais le retable du Louvre, qui fut terminé par Henri Bellechose.

Retable de saint Denis, Jean Malouel et Henri Bellechose, 1416

Les deux pietà furent réalisées autour de 1400, soit dès les premières années de l’artiste au service de la cour de Bourgogne. La pietà ronde associe le thème de l’homme de douleurs avec celui de la Trinité, cher à Philippe le Hardi son commanditaire. Celle-ci n’apparait pas dans le panneau de Vic-le-Comte. En dehors de cette variante iconographique, de nombreuses similitudes stylistiques lient les deux oeuvres. Mais se pose la question de l’intégrité de cette « nouvelle » pietà : le cadre bordant la composition n’est pas présent à la base du panneau.  Est-celà là trace d’une découpe tardive de l’oeuvre, dont la partie inférieure manquerait? Le cadrage qui coupe la scène aux genoux du Christ est pourtant le même que dans la grande pietà ronde. Aurait-il pu y avoir une sorte de petite prédelle? L’acquisition de ce chef-d’oeuvre va sans doute apporter de nouvelles expertises et études qui viendront éclairer notre lanterne, en espérant pouvoir rapidement l’admirer dans les vitrines du Louvre.

Pietà avec saint Jean et deux anges

Voir aussi l’article : La pietà de Jean Malouel, une commande de Jean de Berry

Source : AFP et la Tribune de l’Art

6 Comments

  1. jean sans peur

    Vu sa grande taille, on espère qu’il ne sera pas en vitrine comme les autres « petits » Malouel. Et je ne comprends pourquoi il faut tant se réjouir de l’acquisition par le Louvre, c’est un peu un copié -collé de celui qu’il avit déjà. et à 7,8 milions d’euros, ça fait cher, car comment justifier un rpix pour un artiste qui par définitition n’ a pas de cote, puisque jamais sur le marché de l’art. Franchement, les collectionneurs étrangers se seraient-ils rués sur ce tableaux, certes rares, mais d’un parfait inconnu pour eux ?

    • CaroB

      il faut se réjouir car le patrimoine français a la fâcheuse tendance de partir à l’étranger. Quant à son prix, il a sans doute été fixé sur des critères variés et pas seulement sur sa potentielle valeur aux yeux d’acheteurs étrangers. Reste à voir comment le Louvre va mettre en valeur sa nouvelle collection d’oeuvres de Malouel.

    • gregg

      Revenant du louvre ce WE, j’ai du mal à comprendre que l’on puisse se plaindre d’y trouver la quasi-intégralité des oeuvres de cet artiste !
      Cela aidera j’espère à rendre à Jean Malouel le niveau de notoriété qu’il mérite.

      Je ne suis pas qualifié pour savoir si le prix est justifié ou si la demande étrangère aurait été forte, mais je pense que ce chiffre élevé s’explique justement par l’extrème rareté des productions de Malouel…

  2. fantastique! Cet oeuvre va certainement ranimer aussi la discussion sur la pietà de Troyes, ainsi que la relation avec Bellechose, vu que la qualité est apparemment très porche au retable de Saint-Denis… en attendant avec impatience la première présentation au Louvre.Merci pour ce bel article!

    • CaroB

      Merci! effectivement maintenant il ne reste plus qu’à attendre que l’oeuvre soit présentée au public. J’espère que le Louvre proposera une conférence sur Malouel, ou une analyse de l’oeuvre plus poussée!

  3. Un deuxième tableau religieux (appartenant à l’évéché ou à la commune..!!??) serait dans un autre prestigieux musée, mais cette fois aux USA (Philadelphie) dans les années 90 c’est ce qu’une pâle photocopie collée sur l’un des murs de l’église St jean Baptiste de Vic le Comte précisée aux rares visiteurs (la clef de cette petite église était confiée à la boulangerie du coin ).
    Photocopie depuis disparue ,et l’identité du tableau avec , le curé de la paroisse à qui j’avais envoyé un courriel encore récemment courant 2011,m’avait fait une réponse trés laconique à ce sujet.
    Décidemment ce petit village regorgerait de chefs d’oeuvres mais que font les « autorites cléricales et municipales  » pour répertorier et expertiser ce patrimoine et éviter ainsi une telle disperssion ?

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