Capture d’écran 2011-11-02 à 11.14.08 © 2011 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

La Vierge entre les vierges – un joyau restauré

La récente restauration du tableau de Gérard David (v.1455 – 1523), la Vierge entre les vierges, est l’occasion pour les musées des Beaux Arts de Rouen à la fois d’exposer à partir du 5 novembre l’un de ses chefs-d’oeuvre et de mettre en avant les découvertes faites par le Centre de Restauration des Musées de France. La venue du panneau au centre a en effet permis la constitution d’un dossier très complet.

La Vierge entre les vierges - par Gerard David, 1509

L’exposition rassemble les différentes étapes de cette restauration, grâce à des agrandissements photos grâce auxquels le public peut découvrir l’imagerie scientifique et le processus d’analyse : pénétrer sous la surface du vernis, à l’intérieur de l’oeuvre et d’approcher les secrets de sa composition.

À l’origine, ce panneau fut offert par Gérard David lui-même au couvent des Carmélites de Sion de Bruges en 1509. Il y reprend à sa façon le thème courant de la sainte conversation, en augmentant le nombre de protagonistes : 14 figures réparties symétriquement autour de Marie, dont la couronne est ornée des douze étoiles décrites dans l’Apocalypse de saint Jean, associées depuis la fin du Moyen Âge à l’image de l’Immaculée Conception. Promue en particulier par les carmes, cette doctrine, qui met en avant l’idée que Marie a été préservée du pêché originel dès sa conception, connaît un engouement extraordinaire à partir du XVe siècle. Sur les genoux de la Vierge, l’Enfant tient une grappe de raisin, symbole eucharistique.

Autour d’elle, les vierges martyres, au nombre de dix sont définies par leurs attributs, souvent en rapport avec leur martyre. De part et d’autre du groupe, légèrement en retrait : Gérard David & la veuve Lambyn qui fournit à l’artiste le support de l’oeuvre, tous deux entourés par des anges.

Gerard David
la veuve Lambyn

Si l’oeuvre assimile des sources et influences différentes, la précision quasi photographiques des matières, du mobilier ou encore des portraits est caractéristique de la touche flamande, révélatrice de l’origine et de la formation de Gérard David.

Grâce à plusieurs processus non invasifs, notamment la photographie sous sous réflectographie infra-rouge, les analyses font apparaître le dessin sous- jacent, par lequel l’artiste a mis en place les figures sur le panneau, avant de commencer à peindre. Ces images nous révèlent ainsi une étape essentielle du travail de l’artiste masquée sous la surface de l’œuvre achevée. Elles sont riches d’enseignement sur le processus créatif. Le peintre s’attachait d’abord à créer la structure volumétrique de la forme, puis précisait petit à petit les détails à la pointe sèche. Ceux-ci évoluaient, comme en témoigne la position des yeux de sainte Barbe, clairement décalés.

Ces dessins étaient ensuite retravaillés lors de la pose de la peinture : les prélèvements effectués sur le panneau indiquent qu’il modulait son médium en fonction de l’effet voulu. Ainsi le peintre créait une peinture « en constante vibration » : cette rapidité d’exécution nécessitait non pas un dessin très détaillé, mais plutôt une ébauche « croquée » sur le vif comme le montre très clairement les couches sous-jacentes.

Jeune fille assise de trois quarts, dessin par Gerard David. Musée du Louvre, département des Arts Graphiques

La comparaison de celles-ci avec des dessins de Gérard David conservés au Louvre permet des rapprochements passionnants entre la couche préparatoire et son travail graphique. L’exposition d’un livre d’heures peint par Simon Béning  (1483-1561) permet également de comparer le livre enluminé représenté entre les mains de sainte Barbe et l’œuvre d’un grand enlumineur brugeois contemporain de Gérard David. Le rapprochement souligne l’extraordinaire souci de précision descriptive de l’auteur du retable.

Les comparaisons avant et après restaurations permettent également de découvrir certains détails effacés par l’altération du vernis et des couches picturales.

Cette exposition est l’occasion de redécouvrir cet artiste majeur, au tournant entre une tradition picturale nordique, exigeant une haute perfection technique, et les aspirations humanistes de la Renaissance.

Gérard David – la Vierge entre les vierges, un joyau restauré. Musée des Beaux Arts de Rouen, du 5 novembre 2011 au 5 février 2012.

Source : Musée des Beaux Arts de Rouen

5 Comments

  1. Glenda

    Very interesting points. Thanks!

  2. Magali

    Intéressant de pouvoir découvrir le travail -respectueux et minutieux- des restaurateurs, mais aussi de pouvoir à ce point retracer le processus créatif!

  3. bravo!!!!! C’est vraiment bien fait !

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