PARIS Montfaucon © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Le gibet de Montfaucon

Certains lieux emblématiques – disparus – du Paris médiéval sont encore accessibles aujourd’hui, de manière assez insolite. Au détour d’une croisière sur le canal Saint-Martin, il est ainsi possible de se promener sur les lieux du célèbre et sinistre gibet de Montfaucon.

Écluse des morts – canal Saint-Martin

Au passage de la bien nommée « double écluse des morts », le canal borde en effet l’emplacement de la fameuse potence dont il reste de nombreux témoignages.  « Montfaucon était le plus ancien et le plus superbe gibet du royaume. Entre les faubourgs du Temple et de Saint-Martin, à environ cent soixante toises des murailles de Paris, à quelques portées d’arbalète de la Courtille, on voyait au sommet d’une éminence douce, insensible, assez élevée pour être aperçue de quelques lieues à la ronde, un édifice de forme étrange, qui ressemblait assez à un cromlech celtique, et où il se faisait aussi des sacrifices.

Montfaucon en 1550, plan de Bâle

Qu’on se figure, au couronnement d’une butte de plâtre, un gros parallélépipède de maçonnerie, haut de quinze pieds, large de trente, long de quarante, avec une porte, une rampe extérieure et une plate-forme ; sur cette plate-forme seize énormes piliers de pierre brute, debout, hauts de trente pieds, disposés en colonnade autour de trois des quatre côtés du massif qui les supporte, liés entre eux à leur sommet par de fortes poutres où pendent des chaînes d’intervalle en intervalle ; à toutes ces chaînes, des squelettes ; aux alentours dans la plaine, une croix de pierre et deux gibets de second ordre qui semblent pousser de bouture autour de la fourche centrale ; au-dessus de tout cela, dans le ciel, un vol perpétuel de corbeaux. Voilà Montfaucon. »

C’est ainsi que Victor Hugo décrit le gibet à la fin de Notre-Dame de Paris, mais d’autres représentations, plus anciennes, dépeignent la célèbre potence. Ainsi Jean Fouquet le peint à deux reprises dans ses plus fameux manuscrits : les Grandes Chroniques de France et les Heures d’Etienne Chevalier.

Supplice des disciples d’Amaury de Chartres, Grandes Chroniques de France, Jean Fouquet, vers 1455-1460. BnF, ms. fr. 6465, f°236

La première occurrence est somme toute plus logique, le peintre illustrant les grands épisodes de l’Histoire de France. Il profite de la scène du supplice des disciples d’Amaury de Chartres, brûlés en dehors de Paris en 1210, pour représenter les abords de la ville et livre ainsi une représentation de « l’édifice », et au loin la Bastille et le Temple.

Martyre de sainte Catherine d’Alexandrie, Heures d’Etienne Chevalier, vers 1452-1460; Musée Condé, Chantilly

Cette « espèce de cathédrale de la pendaison » (C. Sterling) est également présente dans la scène du martyre de sainte Catherine d’Alexandrie. Alors qu’au premier plan, Jean Fouquet représente la sainte en prière et l’ange tuant ses bourreaux et démantelant la roue, le peintre situe la scène devant le gibet de Montfaucon à gauche, et le couvent du Temple à droite.

Ces deux cas illustrent parfaitement l’insistance particulière qu’avait Fouquet à évoquer le paysage parisien, qui sert de décor à bon nombre de ses miniatures. L’exposition virtuelle de la BnF, consacrée au peintre, permet de se replonger dans le décor du Paris du XVe  siècle et d’imaginer, à la place de l’un des lieux les plus charmants du XIXe siècle, ce que fut le gibet le plus connu et le plus horrible de la justice royale.

« Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous qui nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair que nous avons trop nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal, personne ne s’en rie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre. »

François Villon, épitaphe de la Ballade des pendus.

One Comment

  1. Gondoin Stéphane William

    Très bel et intéressant article. On songe inévitablement à Enguerrand de Marigny. Merci.

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  1. By Le gibet de Montfaucon | On dit médiéval, pas moyenâgeux ! | patrimoine et archéologie Wallonie-Bruxelles-Belgique-Europe | Scoop.it 16 juillet 2012 at 9 h 44 min

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