Le Quartier Latin

Paris recèle plusieurs itinéraires retraçant l’histoire médiévale de la capitale et de ses habitants. Cette promenade s’étend à travers plusieurs quartiers, commençant par la rive gauche, coeur de l’antique Lutèce, pour gagner progressivement le nord.

Le Quartier Latin, connu pour ses universités, possède encore quelques vestiges incontournables pour se replonger dans la capitale médiévale. Le trajet commence vers la Seine, à l’église Saint-Julien-le-pauvre, à côté du square Viviani. Cette église, dite la plus vieille du tout Paris, est dépourvue de transept et de clocher. Reconstruite au XIIe siècle, elle était alors entourée de couvents aujourd’hui disparus. Jusqu’au XIVe siècle, elle fut le siège de l’Université qui fut par la suite transférée au sommet de la montagne Sainte Geneviève.

Saint-Julien-le-pauvre

L’intérieur de cette église est relative sobre : une architecture gothique mise en valeur par des chapiteaux historiés rappelant ceux de Saint-Germain-des-Prés. La visite continue à l’extérieur : dans le square annexe se dresse un vieux puits du XIIe siècle, révélé par les destructions successives des bâtiments conventuels, ainsi que – de façon plus anecdotique- le plus vieil arbre de Paris planté en 1601.

Puits - Saint-Julien-le-Pauvre

De l’autre côté de la rue Saint Jacques se trouve l’église Saint-Sévérin, bâtie en l’honneur du saint ermite. Initialement construite en 1230, elle fut successivement agrandie jusqu’au XVe siècle.

Saint-Séverin

Avec Saint-Julien, Saint-Severin était la paroisse des étudiants et abritait également les assemblées de l’Université avant son déménagement. L’édifice actuel est de style gothique flamboyant (XVe siècle), abritant quelques vestiges du XIIIe siècle. Plusieurs vitraux des XIVe, XVe et XVIe siècles sont encore conservés, ainsi que la plus vieille cloche de Paris (XVe siècle). Le choeur ainsi que le déambulatoire abritent un ensemble de piliers d’où s’élèvent de magnifiques ogives. Parmi eux, le pilier d’axe de l’abside revêt un intérêt particulier : entièrement sculpté, il est parcouru par des torsades imprimant un mouvement à tout le fut de la colonne.

L’église est bordée d’un cloître (inaccessible) et  de la rue de la parcheminerie, qui comme son nom l’indique abritait les ouvroirs des parcheminiers fournissant vélins et autres peaux aux copistes et enlumineurs. Il s’agit là encore d’un vestige de la présence de l’Université dans ce quartier.

En remontant la rue Saint-Jacques, la visite se poursuit avec l’hôtel de Cluny et ses dépendances. Le jardin, d’abord, dont une partie est utilisée pour la reconstitution d’un « carré des simples », garni de plantes médicinales.

Jardin - Musée de Cluny

Le parcours continue par l’entrée dans l’hôtel de la fin du XVe siècle, commandité par Jacques d’Amboise pour servir de résidence parisienne aux abbés de Cluny. On entre par un arc en accolade encore très bien conservé, ouvrant sur la cour intérieure. Les bâtiments sont aujourd’hui occupés par le Musée National du Moyen Âge, mais l’édifice en lui-même constitue l’un des plus beaux vestiges d’architecture civile de la fin de l’époque gothique, où l’architecture se pliait aux fonctions du bâtiment.

Hôtel de Cluny

De style flamboyant, le palais reprend les caractéristiques du palais de Jacques Coeur à Bourges : un parti simplifié suivant une ordonnance répartie selon les fonctions : services, galeries, chapelle, lieux de vie et de réception… le tout desservis par 4 escaliers à vis. L’hôtel de Cluny apporte toutefois des nouveautés, essentiellement dans le rapport à la ville et notamment le choix intellectuel à proximité de la Sorbonne.

Chapelle - Hôtel de Cluny

À l’intérieur, s’il ne reste rien du décor initial, la chapelle de Jacques d’Amboise et sa voûte d’ogives à lierne et tiercerons et ses sculptures est le vestige le plus emblématique de ce palais urbain. La visite du Musée National du Moyen Âge permet également de se promener dans les anciens thermes gallo-romains, établissement construit au IIIe siècle. Il subsiste encore le frigidarium et le caldarium, salles absolument monumentales qui permettent de se render compte de l’importance de ce complexe au début de notre ère.

Thermes gallo-romains

Toujours dans le Quartier Latin, située juste en amont du Musée de Cluny, la visite à l’Université de la Sorbonne s’impose bien évidemement. Ancien collège fondé par Robert de Sorbon au XIIIe siècle, il fut le siege de la faculté de théologie de l’Université de Paris (auparavant situé à Saint-Julien-le-Pauvre et Saint-Séverin).

le Collège de Sorbonne en 1550

En 1258, il était destiné à accueillir les étudiants les plus pauvres et progressivement, Si aujourd’hui la Sorbonne existe toujours, le bâtiment du XIIIe siècle fut rasé et rebâti par Richelieu, dont le tombeau prend place dans la chapelle. Il ne subsiste de l’édifice originel que le tracé de la première chapelle (construite en 1326) sur le pavage de la cour d’honneur de l’université.

Collège des Bernardins

Les vestiges du Paris medieval continuent sur la montage Sainte-Geneviève : en longeant la rue des Ecoles, fut bâti au XIIIe siècle (dix ans seulement avant le collège de Sorbon) le collège des Bernardins. Construit par l’abbé de Citeaux, le collège était à l’époque entouré d’un mur de 8 mètres de haut qui devait empêcher les pensionnaires de sortir faire la fête dans le Quartier Latin. Aujourd’hui, seuls subsistent le réfectoire et les celliers, magnifiques vestiges du gothique cistercien, de cette architecture épurée mêlant innovations techniques (utilisation de la voûte d’ogives), dépouillement ornemental et intensité de la lumière. La salle du réfectoire, grande de 1000m2 en est l’exemple le plus frappant avec sa foret de colonnes aux chapiteaux nus, surmontés de fortes ogives.

Réfectoire - collège des Bernardins

Quelques rues plus haut sur la montage, se tenait autrefois l’abbaye Sainte-Geneviève, dont il ne reste aujourd’hui que quelques traces. La première et la plus visible d’entre elles est accolée au prestigieux lycée Henri IV : la tour Clovis abritant l’ancien clocher.

Tour Clovis

Composite, elle est constituée d’une base romane (XIIe siècle) surmontée par plusieurs étages gothiques refaits au XVe siècle. L’ancien réfectoire, les caves et les cuisines sont encore conservées et reutilisées par le lycée : les cuisines des moines sont aujourd’hui celles des élèves, et le réfectoire en est devenu la chapelle. À nef unique, celle-ci est surmontée d’une somptueuse voûte d’ogives quadriparties, agrémentée de têtes d’anges sur les clés de voûte. Le cloître est lui aussi conservé, construit au XVe siècle et inaccessible au public sauf à l’occasion d’évènements.

Chapelle - tour Clovis

Dans la meme rue (Clovis) se tient encore debout un pan de l’enceinte fortifiée construite par Philippe-Auguste de 1200 à 1211 sur la rive gauche. À l’époque, il s’agissait d’agrandir la ville fortifiée, de plus en plus peuplée, et ainsi de protéger les parisiens des invasions.

Enceinte de Philippe-Auguste

À cet emplacement, on peut clairement se rendre compte de l’épaisseur de l’enceinte, bâtie de deux murs entre lesques on disposait des petites pierres et du mortier. Si cette muraille survécut, c’est qu’elle fut à de maintes reprises utilises par les entrepreneurs afin de construire des maisons. Ainsi emprisonnée dans le paysage urbain, elle parut jusqu’à nous. On peut facilement en suivre le trace, sur les deux rives. Rue du Cardinal-Lemoine, les sous-sols de la Poste recèlent une bien jolie surprise : l’arche aménagée lors de la construction de l’enceinte, pour laisser passer le canal de la Bièvre.

Arche - passage de la Bièvre

Située sur l’autre flanc de la montagne Sainte-Geneviève, la rue Mouffetard abrite encore aujourd’hui l’église Saint-Médard. Initialement située à l’extérieur de la ville, elle n’était qu’une modeste église dans petit bourg mérovingien. Détruite par les invasions normandes, elle fut rebâtie au XIIe siècle puis au XVe siècle : c’est cette dernière campagne qui est aujourd’hui visible sur la façade (notamment grâce au remplage de la baie du mur pignon) et les premières travées de la nef, appurtenant au gothique flamboyant caractéristique de la fin du XVe siècle. 

Eglise Saint-Médard

En continuant la rue Mouffetard vers les Gobelins se dressent les ruines de l’ancien couvent des Cordelières, fondé par Marguerite de Provence, épouse de saint Louis, à la fin du XIIIe siècle.

Couvent des Cordelières

Situés dans le jardin de l’actuel hôpital Broca, ces vestiges montrent un exemple de l’architecture rayonnante du Paris de la fin du XIIIe siècle : les fenêtres, moins larges que celles du gothique flamboyant, contiennent moins de lancettes et surtout sont surmontées par un oculus polylobé, élément décoratif typique de ce style, qui d’ailleurs en inspira la dénomination. Les cordelières étaient un ordre mendiant appelé ainsi en raison de leurs vêtements, faits d’un épais drap gris, d’une ceinture de corde et d’une capuche courte et arrondie.

Enfin, la visite du Quartier Latin médiéval s’achève par l’énigmatique hotel de la Reine Blanche, rue des Gobelins.

Hôtel de la Reine Blanche

La version officielle voudrait que ce fut Blanche, la fille de saint Louis et Marguerite de Provence, qui fit construire cette demeure en 1300. D’autres pensent qu’il s’agissait de Blanche de Bourgogne, épouse de Charles IV le Bel. Est-ce là que le 28 janvier 1393 à l’occasion d’une réception donnée par Isabeau de Bavière femme de Charles VI se déroula l’épisode connu sous le nom de bal des ardents durant lequel le roi failli périr carbonisé ? Les historiens sont partagés sur ce point. Ce qui est certain c’est qu’en 1404, ce dernier ordonna la destruction de la bâtisse. Il fut reconstruit rapidement et abrita par la suite la prestigieuse famille de teinturiers : les Gobelins.

One Comment

  1. gym

    Great information, thanks for the share!

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