©Inventaire général Région Midi-Pyrénées.

Le trésor de Sainte-Foy de Conques

Le trésor de Conques, encore conservé sur le lieu pour lequel il a été constitué, est aujourd’hui le seul à conserver des pièces d’orfèvrerie du Haut Moyen Âge. Situé sur l’un des chemins menant à Saint-Jacques de Compostelle, il témoigne de l’importance du culte des reliques et des pèlerinages qui y sont associés.

L’abbaye de Conques, fondée par Dadon au VIIIe siècle sous le vocable de Saint-Sauveur, reçoit de nombreuses donations des souverains carolingiens au siècle suivant. Une partie de ces dons prend la forme d’initiales, de camées, d’or, d’argent et de bijoux divers. Après l’arrivée des reliques de sainte Foy, l’abbaye récolte les fruits de sa notoriété : s’ensuit une période de prospérité. Sous l’abbatiat de Bégon III, la création artistique des ateliers locaux est à son apogée, utilisant le « stock » et les matières premières précieuses engrangées depuis le IXe siècle. L’abbé commande des pièces d’orfèvrerie dont nous pouvons encore aujourd’hui, apprécier la préciosité et le raffinement.

Majesté de Sainte Foy, détail de la robe, trésor de Sainte-Foy de Conques ©Onditmédiévalpasmoyenâgeux

Cet ensemble, majoritairement composé de reliquaires, est constitué entre le XIe et le XIIIe siècles. Aux siècles suivants, il s’enrichit de statuettes, monstrances, croix de processions et autres reliquaires. Exposé dans l’abbatiale, il est séparé des pèlerins par des grilles. En 1792, il échappe à la confiscation grâce aux habitants de Conques, qui le dissimulent jusqu’à ce qu’il puisse réintégrer l’église. Aujourd’hui conservé dans l’ancien réfectoire des moines, il constitue l’un des joyaux du patrimoine médiéval.

La statue de sainte Foy en est l’incontestable pièce maîtresse : elle est en réalité un montage de plusieurs éléments de datations différentes comme les restaurations successives ont pu le démontrer. La tête (creuse) provient sans doute d’un buste antique (IV-Ve siècles) : elle est le point de départ de la réalisation de la statue, faite sur mesure pour cette pièce.

Majesté de Sainte Foy, Trésor de Sainte-Foy de Conques ©onditmédiévalpasmoyenâgeux
Majesté de Sainte Foy (détail du visage lors de sa restauration), IV-Ve siècles, ©Ministère de la Culture (France), Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (objets mobiliers)
Statue de sainte Foy, trésor de Sainte-Foy de Conques, ©Ministère de la Culture (France) – Médiathèque de l’architecture et du patrimoine

On la fixe sur une âme de bois recouverte de plaque d’or estampées de motifs de fleurettes : ce travail aurait été réalisé au IXe siècle. Un siècle plus tard, les détails du col, des manches et du bas de la robe sont exécutés. À la même époque, on lui ajoute une couronne ornée d’émaux cloisonnés sur or. Le trône, en argent doré, aurait également été réalisé aux IXe-Xe siècles. Des modifications, restaurations et ajouts ont lieu à l’époque gothique : ils masquent en réalité de nombreux découpages visant à récupérer des morceaux d’or.

Majesté de Sainte Foy, détail de la robe, IXe-Xe siècles; ©onditmédiévalpasmoyenâgeux
Cristal de roche de la crucifixion, IXe siècle, détail de la Majesté de Sainte-Foy de Conques, trésor de Sainte-Foy de Conques, ©onditmédiévalpasmoyenâgeux

Ainsi, les deux colombes placées sur le trône ont été remplacées par des globes en cristal de roche, et de nombreuses intailles bouchent les trous sur la robe de la sainte. Les bras et les mains ont été intégralement refaits, de sorte que l’on ignore aujourd’hui leur geste d’origine.  Sur le modèle des majestés carolingiennes (telle la Vierge d’Essen), la statue de Conques est un reliquaire : elle abrite le crâne de sainte Foy; Une ouverture quadrilobée sur la poitrine de la statue est percée à l’époque gothique, afin que l’on puisse apercevoir l’insigne relique (voir l’article de Jean Taralon sur la Majesté de Sainte-Foy de Conques).

Chasse de Pépin, IXe-XIe siècles, Trésor de Sainte-Foy de Conques ©onditmédiévalpasmoyenâgeux
A de Charlemagne, XIe-XIIe siècles, Trésor de Sainte-Foy de Conques ©onditmédiévalpasmoyenâgeux

D’autres reliquaires composent le trésor : la châsse de Pépin,  montage d’éléments du IXe au XIe siècles, aux émaux translucides, filigranes et ses figures au repoussé représentant la Crucifixion. Le A de Charlemagne possède une forme plus originale : selon la légende, Charlemagne aurait offert à chacune des abbayes dont il est le fondateur, un reliquaire prenant la forme d’une lettre de l’alphabet. Une inscription précise toutefois que l’abbé Bégon III en est le commanditaire à la fin du XIe siècle et début du XIIe siècle. Composée de plaques d’argent sur âme de bois, cette pièce est surmontée d’un cristal de roche permettant de zoomer sur la relique. L’abbatiat de Bégon III fut une période faste pour la création locale et plusieurs oeuvres encore conservées témoignent de son activité de commanditaire. L’abbé de Conques demande à Pascal II de nouvelles reliques : celles que lui envoie le pape sont ensuite enchâssées dans un nouvel écran orfèvré illustrant l’épisode de la Crucifixion. Plus original est le reliquaire dit « lanterne » de Bégon. Celui-ci prend la forme d’un tombeau antique orné de médaillons au repoussé.

Reliquaire de Pascal II, fin du XIe siècle, Trésor de Sainte-Foy de Conques ©onditmédiévalpasmoyenâgeux
Lanterne de Bégon, fin XIe-début XIIe siècle, trésor de Sainte-Foy de Conques ©Onditmédiévalpasmoyenâgeux

Le trésor est également composé de plusieurs autels portatifs : des pierres consacrées placées dans des cadres de bois recouverts de plaques orfévrées, permettant aux prêtres de célébrer la messe en n’importe quel lieu. Ces autels font l’objet d’une grande attention, et ce qui est désigné comme « pierre d’autel » n’est autre que des plaques d’albâtre ou de porphyre enchâssées dans des cadres émaillés. Ces oeuvres témoignent de la vivacité des ateliers alors en activité à Conques, au service de Bégon III, le commanditaire à l’origine des deux pièces suivantes.

Autel portatif de l’abbé Bégon, Conques, v. 1100. Argent gravé, niellé et doré ; filigranes ; plaque de porphyre. 25 x 16 cm. Trésor de Conques.
©Didier Méhu https://journals.openedition.org/imagesrevues/3384
Autel portatif de Sainte-Foy, Trésor de Sainte-Foy de Conques
Référence : IVR73_20031200021ZA – Vue d’ensemble de l’oeuvre, vers 1100, restaurée 2e moitié du 14ème siècle. – Poitou, Philippe ; Kruszyk, L., ©Inventaire général Région Midi-Pyrénées.
Autel portatif de Sainte-Foy, détail d’un médaillon, Conques (Aveyron), église Sainte-Foy.
Référence : IVR73_20031200024ZA – Détail du médaillon en émail sur cuivre, art aquitain, XIe ou début XIIème siècle : Agneau pascal. – Poitou, Philippe ; Kruszyk, L., ©Inventaire général Région Midi-Pyrénées.

À ces pièces majeures s’ajoutent d’autres réalisations et des montages postérieurs mêlant différentes époques à la manière de la majesté. En 1837, lorsque Prosper Mérimée « redécouvre » l’abbaye désertée après la révolution et lance sa restauration, il avoue n’être « nullement préparé à trouver tant de richesses dans un pareil désert ». Aujourd’hui, le trésor de Conques est l’un des cinq grands trésors d’orfèvrerie médiévale en Europe, et le seul à conserver des pièces datant du Haut Moyen Âge.

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