Capture d’écran 2012-01-31 à 19.58.54 © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Les Arts de l’Islam au Louvre

Ces derniers jours a été dévoilée l’étonnante structure imaginée par Rudy Riccioti et Mario Bellini pour le département des Arts de l’Islam au Louvre.

Département des Arts de l’Islam, ©R. Ricciotti, M. Bellini
Maille métallique, cour Visconti

L’occasion pour nous de mettre en lumière quelques chefs-d’oeuvre de cette collection qui égale en nombre (18 000 pièces) celle du Metropolitan Museum de New York, jusqu’alors partiellement exposée dans le département des Antiquités orientales. Elle couvre le monde de l’Islam sur une vaste période allant du VIIe au XIXe siècle, à travers la céramique, l’orfèvrerie, la tapisserie et autres arts et techniques mis en oeuvre par les artistes.

Baptistère de saint Louis, fin XIIIe-début XIVe siècle

Parmi les plus belles pièces, le baptistère dit « de saint Louis » est un joyau de l’art islamique. Il s’agit d’un bassin réalisé autour de 1300 en Syrie ou en Egypte par un artiste qui a signé six fois Muhammad Ibn Al Zain. La légende voudrait que ce soit saint Louis qui ait ramené cette oeuvre, mais le roi mourut en 1270, rendant cette hypothèse totalement impossible. En réalité, c’est autour de 1380 qu’elle entra dans les collections royales, et servit par la suite au baptême des enfants de France.

Guerriers, ©RMN

Fait de laiton, ce bassin présente un décor gravé absolument somptueux, incrusté d’argent et d’or. Il représente une procession d’émirs et de dignitaires entourés par des frises d’animaux et un décor végétal très dense. Huit blasons dont la fleur de lys (ajoutée tardivement) et les armes des Lusignan de Chypre ornent le pourtour du bassin. Quelques écus ont été laissés vides, sans doute destinés à porter les armes du commanditaire. Leur absence signifierait que ce dernier n’a jamais reçu cette oeuvre.

Fond du bassin, ronde de poissons et d’animaux marins ©RMN

Une autre pièce d’exception prendra place sous le « tapis volant » de Ricciotti et Bellini : le globe céleste le plus ancien du monde islamique oriental (deux autres furent réalisés en Andalousie). Fait de laiton coulé, il est gravé et incrusté d’argent.

Globe céleste, 1145, ©RMN

Sont représentées les 120 constellations ptoléméennes et chaque étoile est matérialisée par un petit point d’argent incrusté (technique inconnue à l’époque dans le monde occidental). Les deux hémisphères qui constituent le globe sont réunis le long de la voie lactée. Son auteur est un artiste doublé d’un « astrolabiste », comme il l’explique dans une phrase datant précisément la réalisation de ce globe : l’an 540 de l’Hégire soit en 1145, en Iran. Au-delà de l’intérêt scientifique, cette pièce présente une grande qualité de gravure, aux détails comparables aux manuscrits contemporains (comme les drapés sinueux).

 Le département des Arts de l’Islam possède également de nombreux témoignages de la présence musulmane en Occident. Cette pyxide a été réalisée en 968 pour le fils du calife à la cour de Madinat al-Zahra, installée près de Cordoue. C’est un véritable chef-d’oeuvre de sculpture miniature, en ivoire.

Pyxide, 968, Espagne © Louvre

Cette pyxide (coffret à bijoux, à pierres ou à fards) en ivoire d’éléphant est illustrée par de nombreuses scènes à connotation politique forte. L’iconographie symbolique évoque l’exil de cette dynastie en Espagne. Mais ce qui fait avant tout l’intérêt de cette pièce, c’est la dextérité et le savoir-faire technique de son auteur, qui maîtrise parfaitement son art. Haut-relief, figures totalement détachées du fond, le décor du coffret semble prendre vie.

Enfin nous terminerons cette rapide présentation par une petite sculpture rappelant les pièces d’échecs norvégiennes du jeu de Lewis et de la nouvelle acquisition du musée de Cluny.

Cavalier, début du XIIIe siècle ©Louvre

Il s’agit de la représentation d’un cavalier réalisé en céramique : moulé, il a été ensuite recouvert d’une glaçure turquoise. Réalisé en Iran dans la première moitié du XIIIe siècle, il était sans doute plus qu’une simple pièce de jeu comme en témoigne la matière avec laquelle il a été conçu. Sans doute s’agissait-il d’une petite statuette d’apparat censée reproduire des scènes de batailles.

Toutes ces oeuvres sont accessibles au public dans les différents départements des Antiquités orientales et des Objets d’art, d’autres sont encore en dépôt au musée des Arts décoratifs. Elles prendront place dans quelques mois sous la couverture métallique de la cour Visconti : l’inauguration de ce nouveau département mettra en valeur l’exceptionnelle collection d’oeuvres médiévales islamiques du musée du Louvre.

Source : musée du Louvre

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  1. By Le Maroc médiéval au Louvre en 2014 | On dit médiéval, pas moyenâgeux ! 7 mai 2012 at 13 h 06 min

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