Moines chantant, Nicolò di Giacomo, vers 1365-1380 © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Les Enluminures – Winter Antiques Show / New-York

Aujourd’hui nous nous intéressons à la sélection d’oeuvres proposée par Les Enluminures pour le Winter Antiques Show à New York. Comme son nom l’indique, cette galerie est spécialisée dans les manuscrits enluminés et exposera dès vendredi trois d’entre eux, accompagnés d’une bague Renaissance.

Le premier folio est issu d’une Anthologie Historique et Cosmique, réalisée en Angleterre (sans doute Londres) en 1325 et modifiée ultérieurement. Il s’agit d’un recueil de 24 textes mélangeant l’histoire de l’Angleterre à celle du monde tel qu’on le connait au XIVe siècle, suivies du traité astronomique, météorologique et encore cosmique d’Honoré d’Autun : Imago Mundi puis d’un ouvrage mathématique utilisant la numérotation arabe. llustré par un quinzaine de miniatures, cet ouvrage fit appel à six enlumineurs différents sur un intervalle d’une cinquantaine d’années. Cette image introduit l’Imago Mundi : il s’agit d’une scène d’enseignement, trois élèves tenant leurs livres sont assis par terre écoutent leur professeur, tenant un rouleau. Un autre enseignant tenant un phylactère se tient de l’autre côté de la composition. C’est surtout le sujet de cet recueil qui en fait la valeur, plus que la qualité même de ses illustrations : il s’agit d’un exemple des traités « scientifiques » qui circulaient alors dans les centres intellectuels d’Europe.

Moines chantant, Nicolò di Giacomo, vers 1365-1380

La deuxième oeuvre est une petite miniature représentant l’initiale E, à l’intérieur de laquelle prennent place des moines olivétains chantant. Certains jouent d’un instrument (psaltérion, viole, cloches ou orgue), d’autres chantent seulement. Cette initiale est au début d’un psaume et l’illustre littéralement : « Rendez grâce à Yahvé sur la harpe, jouez-lui sur la lyre à dix cordes; chantez-lui un cantique nouveau (Ps 32, 2-3). Les visages sont ici très expressifs malgré une absence d’individualisation. L’ornement est quasi absent et le peintre se concentre sur ses figures massives (parfois grimaçantes) et la représentation du drapé blanc, soulignant les gestes des moines. Elles ont été peintes par Nicolò di Giacomo, sans doute pour un des nombreux ouvrages liturgiques qu’il illustra à Bologne dans la seconde moitié du XIVe siècle. Cet artiste dominait en effet la production enluminée bolonaise, entre livres d’heures, recueils liturgiques ou même ouvrages de droit (pour l’université, considérée comme la plus ancienne au monde, fondée en 1088).

Anges encadrant une monstrance, Antonis Rogiersz, 1466

La dernière enluminure est une miniature pleine-page, encadrée par un riche décor végétalisant. Il s’agit d’un livre d’heures hollandais, dont les miniatures furent réalisées à Utrecht à la fin du XVe siècle par Antonis Rogiersz. Ici, deux anges encadrent une monstrance contenant la sainte Eucharistie, issue d’une vaste production de livres d’heures (qui était le manuscrit le plus vendu à cette époque, un best-seller). Antonis Rogiersz était issu d’une dynastie d’artistes d’Utrecht et mourut en 1468-1469 : ce livre d’heures est donc l’une de ses dernières commandes. Le style de cet artiste est assez caractéristique, avec notamment l’emploi de bordures peu habituelles, travaillant la feuille d’or avec des motifs distinctifs (en arrière-plan ici) et des couleurs saturées.

Bague or et diamant, vers 1500

Enfin, nous terminons cette sélection par une magnifique bague Renaissance, réalisée autour de 1500 aux Pays-Bas. Ornée d’un diamant, celui-ci est taillé en pointe, sorte de pyramide à 4 pans. Si aujourd’hui cela peut nous sembler peu ordinaire, à l’époque il s’agissait d’une forme en vogue, dont on dit qu’elle pouvait servir à écrire des messages sur des panneaux de verre. La monture qui l’entoure n’en laisse dépasser que la pointe,  est ciselée et porte encore de nombreuses traces de polychromie : des résidus d’émail rouge et bleu.

Bague, or et diamant, vers 1500

Pour ceux qui aimeraient acquérir ces oeuvres, sachez que l’Anthologie historique et cosmologique est estimée à 580 000 $, la miniature de Nicolò di Giacomo à 65 000 $, le livre d’heures de Antonis Rogiersz à 160 000 $ et la bague Renaissance à 67 000$.

Sandra Hindman, habituée du salon new-yorkais, prendra également ses nouveaux quartiers dans la ville puisque la galerie s’agrandit et ouvre une nouvelle annexe après Paris et Chicago.

One Comment

  1. Papyrus

    Merci pour cette présentation, qui donne envie d’aller admirer ces oeuvres, à défaut de les acquérir !

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