Château de Villeneuve-Lembron © 2011 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Les fresques de Villeneuve-Lembron : un bestiaire … misogyne!

Ce séjour auvergnat se termine sur les terres du seigneur Rigaud d’Aureille à Villeneuve-Lembron dans le Puy-de-Dôme. Maître d’hôtel de quatre rois : Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François Ier, Rigaud d’Aureille fut également un diplomate et homme de guerre. Profitant d’un privilège accordé par le dauphin d’Auvergne, il agrandit et fortifia le château familial de 1488 à 1515 en une demeure seigneuriale entre Moyen Âge et Renaissance.

Rigaud d'Aureille

Le décor peint est en effet encore bien conservé et les grotesques côtoient les récits de voyage du maître des lieux. Parmi ces fresques, l’une est particulièrement éclairante sur l’état d’esprit et l’humour de Rigaud d’Aureille. Il s’agit de la représentation de deux animaux fantastiques, la Bigorne et la Chicheface.

Le dit de la Chicheface

La Chicheface, sorte de louve famélique tient dans sa gueule une femme qu’elle ne croque pas : elle se nourrit en effet des femmes obéissantes à leurs maris, et n’en trouve si peu qu’après avoir croqué celle-ci, elle craint de n’avoir plus rien à manger. La Bigorne en revanche, sorte de dragon ventripotant, est en train d’avaler sa proie alors même qu’une autre l’attend à ses pieds. C’est que celle-ci se nourrissait des maris tyrannisés par leurs femmes!

Le dit de la Bigorne

Rigaud d’Aureille, marié à deux reprises, aurait-il voulu faire passer un subtil message à son épouse? En réalité, il ne s’agit pas d’un thème iconographique inédit. On retrouve au château du Plessis-Bourré, une peinture similaire réalisée à la même époque. Plusieurs écrits du XIVe siècle mentionnent un monstre se nourrissant de femmes bonnes avec leurs maris, repris dans le mystère de Sainte-Catherine, et surtout deux poèmes « le dit de la chicheface » et « le dit de la bigorne » représentés en regard des animaux à Villeneuve.

« Moy qu’on appelle Chicheface,
Très maigre de coleur et face Je suis,
et bien en est raison ;
Car ne mange en nulle saison
Que femmes qui font le sommant
De leurs maris entiérement.
Des ans y a plus de deux cens
Que ceste tiens entre mes dens,
Et sy je ne l’oze avaler,
De peur de trop long-temps jeuner ;
Car dix mille ans ay esté en voye
Sans avoir jamais trouvé proye »

Château de Villeneuve-Lembron

Il s’agit toutefois d’un thème original pour un château fortifié, bel exemple de la diversité de l’imaginaire médiéval, un brin misogyne. Par la suite, les héritiers de Rigaud d’Aureille ne continuèrent pas dans cette voie : le décor mural postérieur adopte les formes à l’antique alors en vogue à l’époque, faisant de ce château une parfaite illustration d’une demeure seigneuriale entre Moyen Âge et Renaissance.

One Comment

  1. La Bibliothèque Municipale et Inter-Universitaire de Clermont-Ferrand possède (ms 69) un bréviaire franciscain de Rigaud d’Aureille, dont plusieurs enluminures sont visibles dans la base Enluminures : http://www.enluminures.culture.fr/documentation/enlumine/fr/index3.html

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