Martyre de sainte Appoline, par Jean Fouquet, Heures d'Etienne Chevalier. Musée Condé, Chantilly. © 2011 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Les tableaux vivants dans les entrées royales de l’époque médiévale à la Renaissance

Entre le théâtre et l’Eglise, les « tableaux vivants » ou « mystères » étaient des spectacles mis en scènes à l’occasion -notamment- des entrées royales lors de mariages ou de cérémonies particulières (comme le sacre d’un roi). Prenant place hors de l’église, ces tableaux vivants émergèrent à la fin du XIVe siècle en Angleterre et en France et connurent un succès notamment à la cour de Bourgogne.

Sur le trajet de la procession, se tenaient de multiples « establis » ou « estages »sur lesquels étaient joués des scènes précises, se succédant tout au long du chemin. Plusieurs exemples bien documentés parlent de vingtaines de stations pour certaines entrées, entrecoupées d’arcs triomphaux ou de fontaines. Lorsque l’hôte arrivait à la hauteur de l’échafaud, les rideaux s’ouvraient pour laisser place aux acteurs. Ceux-ci  ne jouaient pas à proprement parler : ils ne bougeaient pas ni ne parlaient : des phylactères expliquaient la scènes aux spectateurs.

Plusieurs panneaux peints sont aujourd’hui interprétés comme étant la représentation de mystères religieux, le plus célèbre d’entre eux étant l’Annonciation d’Aix, de Barthélémy d’Eyck, avec notamment la représentation du Dieu le Père dans cet espace « de coulisses » au-dessus de la scène.

Annonciation, par Barthélémy d'Eyck. Aix-en-Provence, cathédrale Saint-Sauveur

Le peintre du roi Jean Fouquet était lui aussi connu pour mettre en scène ces tableaux vivants éphémères, nécessitant des décors peints. Il fut notamment chargé par la ville de Tours en 1461 de l’entrée royale de Louis XI, au lendemain de son sacre. Une de ses miniatures tirées des Heures d’Etienne Chevalier, se rapporte à cette fonction. La scène illustre le martyre de sainte Appoline, qu’il représente comme un mystère, avec un curieux metteur en scène – régisseur, dirigeant l’ensemble et les musiciens. Le martyre se déroule sur une scène, délimitée par une bordure d’arbre et entourée par des tribunes abritant au centre les spectateurs, à gauche le paradis et à droite l’enfer.

Martyre de sainte Appoline, par Jean Fouquet, Heures d'Etienne Chevalier. Musée Condé, Chantilly.

Les enjeux de ces représentations, tant laïques que profanes, les concepteurs, les publics ou encore l’interaction entre le théâtre et l’Eglise seront abordés dans un séminaire public à l’Institut National d’Histoire de l’Art  réunissant Hélène Visentin, Stijn Bussels et Fabienne Joubert.

« Les tableaux vivants dans les entrées royales, de l’époque médiévale à la Renaissance », INHA, Salle Benjamin, 11/10/2011, 17h à 19h.

source : http://blog.apahau.org/?p=3861

Article en ligne de Fabienne Joubert : 

« Les tableaux vivants et l’Église », dans Le théâtre de l’Église (XIIe-XVIe siècles), Paris, LAMOP, 2011 (1re éd. en ligne 2011). http://lamop.univ-paris1.fr/IMG/pdf/FJoubert.pdf

 

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