© Cleveland Museum of Art

L’orfèvrerie médiévale : un patrimoine sinistré

Cet article aurait pu s’intituler plus largement « l’orfèvrerie d’ancien régime : un patrimoine sinistré » tant les pertes ont été importantes dans ce domaine. Aujourd’hui, on estime que les vestiges conservés représentent moins d’1% de la production de cette période. Les raisons de ce désastre patrimonial sont multiples : l’usure des objets, les changements de goûts et les fontes permettant d’en récupérer les matériaux précieux. On pourrait penser que la révolution a entraîné la majeure partie des pertes, mais elle a été précédée de plusieurs épisodes destructeurs.

Destruction des reliques de Saint Cande par les protestants. Fin du XVIe siècle, Musée des Antiquités de la Seine-Maritime, Rouen,© Yohann Deslandes-CG76

Bien avant la fin du XVIIIe siècle, les pièces orfévrées ont eu à subir les pillages, les guerres mais aussi les conséquences des édits somptuaires et les difficultés financières entraînant les fontes ordonnées par Louis XIV en 1689 et 1709. Elles sont suivies par plusieurs édits révolutionnaires autorisant les hôtels des monnaies à récupérer les vaisselles d’or et d’argent. Ces destructions concernent également les pièces portant des insignes royaux. À ces facteurs s’ajoutent les vols et les restaurations zélées, phénomènes encore très actuels. Aujourd’hui, l’étude de l’orfèvrerie ancienne nécessite de recourir aux descriptions, aux inventaires, aux témoignages graphiques ou encore aux comptes qui permettent d’appréhender et d’apprécier cette manifestation significative de l’art médiéval.

Buste reliquaire de Saint-Yrieix, ca. 1220-1240, Metropolitan Museum of Art, New York, don de J. Perpont Morgan, 1917 © Culturebox
Cuillères en argent partiellement doré, trésor de Pouilly sur Meuse, vers 1500 (Musée Lorrain, Nancy), ©Wikimedia Commons / BastienM
Salière, milieu du XIIIe siècle, Paris (or, cristal de roche, émeraudes, perles. ©Metropolitan Museum
Bague au portrait de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, avant 1419. Musée du Louvre © 2003 RMN / Jean-Gilles Berizzi

Le corpus médiéval est aujourd’hui conservé de pièces civiles (majoritairement de la vaisselle de table et des bijoux), de pièces liturgiques (objets mais aussi mobiliers), quelques pièces militaires et du cas particulier des regalia. L’orfèvrerie civile révèle la richesse et l’opulence des grandes tables, régulièrement alimentée par la découverte de trésors dont le plus fameux fut celui de Pouilly-sur-Meuse en 2006. Les pièces exceptionnelles telles que la Royal Gold Cup du British Museum ou la fontaine à parfums de Cleveland laissent entrevoir la magnificence de cette production (à propos de la destination de cette fontaine de table, voir le site du Cleveland Museum of Art).

Royal Gold Cup, France, 1370-1380 ©The Trustees of the British Museum
Royal Gold Cup (détail : martyre de sainte Agnès), France, 1370-1380 © The Trustees of the British Museum
Fontaine de table, Paris, XIVe siècle ©Cleveland Museum of Art
Fontaine de table (détail), Paris, XIVe siècle ©Cleveland Museum of Art

La grande diversité de l’orfèvrerie cultuelle permet d’admirer aujourd’hui une typologie variée allant de la pyxide au calice, en passant le ciboire, la croix, la monstrance, les burettes ou encore la colombe eucharistique. Elle s’étend également aux manuscrits recouverts de plats de reliures orfévrés ainsi qu’aux devants d’autels, retables et autres éléments mobiliers.

Croix reliquaire (détail), argent ciselé et doré sur âme de bois, vers -1210-1220 © Palais des Beaux Arts, Lille
Plat de reliure, évangéliaire de Drogon, 845-855, Metz. ©Gallica-BnF
Saint Paul. Plaque de parement d’autel provenant de l’abbaye de Grandmont, vers 1220-1230, Limoges ©Rémi Briant / Petit Palais / Roger Viollet

Quant aux regalia, symboles par essence de la royauté française, ils furent la proie du vandalisme révolutionnaire. Ces objets, indissociablement liés aux sacres des rois de France et conservés à l’abbaye de Saint-Denis, ont été dispersés, volés ou détruits à la fin du XVIIIe siècle.  Seuls quelques vestiges ont été transférés au Musée du Louvre.

Il convient d’attirer l’attention sur la connaissance encore incomplète de ce corpus médiéval. Dès 1965, l’exposition Les trésors des églises de France met en lumière ce patrimoine, parfois encore en usage. Si les pièces conservées dans les trésors de cathédrales, les musées et autres bibliothèques sont aujourd’hui connues et étudiées, beaucoup d’objets liturgiques sont encore à découvrir dans les sacristies. L’inventaire de ce patrimoine convoité et son classement au titre des Monuments Historiques sont des étapes primordiales pour la sauvegarde d’un pan totalement sinistré de l’art du Moyen Âge.

Aile de Marsan, intérieur : exposition « Les trésors des églises de France » 1965 , vitrine de la section Bretagne (Musée des Arts Décoratifs, Paris), ©Ministère de la Culture (France) – Médiathèque de l’architecture et du patrimoine – diffusion RMN

 

Epée du sacre des rois de France (détail), Ile-de-France (Xe-XIVe siècle)
Paris, musée du Louvre.
© Réunion des musées nationaux, 2000
Sceptre de Charles V, Paris, 1364-1380.
Provient du trésor de l’abbaye de Saint-Denis
Suppression de l’émail blanc de la fleur de lis après 1775 ; remontage et réfection en 1804 par M.-G. Biennais, puis en 1825 par G. Bapst ©Wikimedia Commons / Siren Com
Ciboire.
Limousin (?) , fin du XIIIe siècle ou 1ère moitié du XIVe siècle.
Cuivre : embouti, fondu, gravé, ciselé et doré.
Saint-Flour, musée Douet.
Pyxide. Ateliers limousins, 2ème moitié du XIIIe siècle.
Cuivre : émaillé (champlevé) et gravé.
Fontanges, église paroissiale Saint-Vincent.

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