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Portraits italiens de la Renaissance à New York

« Portraits de la Renaissance, de Donatello à Bellini » a ouvert ses portes depuis déjà quelques semaines au Met. Le musée s’intéresse, à travers cette nouvelle exposition, à l’introduction du portrait dans l’histoire de l’art, participant à cette nouvelle conscience de l’homme et de l’humain que fut la Renaissance. Grâce à de nombreux prêts, le Met rassemble une grande collection de portraits italiens – peints et sculptés -, car c’est là la thématique choisie, du XVe siècle et des premières années du XVIe siècle.

Marietta di Lorenzo Strozzi? - Desiderio da Settignano, 1462

À partir du XIVe siècle, le portrait, genre disparu depuis l’Antiquité, refait surface.  Il serait trop réducteur d’assimiler totalement l’apparition, ou plutôt la réapparition de ce type de représentation, à la Renaissance. En France par exemple, le plus ancien conservé se trouve au Louvre et représente le roi Jean le Bon, peint vers 1350. Toutefois il est l’indice d’une évolution de la place de l’individu au sein du monde en général : petit à petit, après leurs clients, les artistes eux-mêmes vont se représenter, comme Jean Fouquet, Jan van Eyck ou encore Dürer. En Italie, le développement rapide du portrait a été étroitement lié à la Renaissance, aux  idéaux de l’individu, et aux concepts de beauté. Il peut commémorer un évènement, un mariage, l’accession au pouvoir, ou tout simplement immortaliser les traits de son commanditaire pour les générations futures. La représentation des visages tend alors vers un réalisme plus poussé.

Buste reliquaire de San Rossore, Donatello, vers 1425

L’exposition new-yorkaise met en avant trois grandes périodes dans le développement du portrait dans l’art italien. La première correspond aux années 1420-1440, dans le centre majeur qu’est Florence à cette époque. Les innovations viennent alors de la sculpture, avec notamment Donatello, puis sont traduites en peinture. Filippo Lippi, le fameux religieux aux moeurs légères, fera de ce genre un pan majeur de sa production. Même ses tableaux religieux recèlent de nombreux portraits, notamment de sa femme Lucrezia.

Portrait d'homme et de femme, Filippo Lippi, 1440-1444

La médaille devient également un moyen privilégié de faire circuler son portrait, largement échangée dans l’élite sociale. Le peintre Pisanello réinvente littéralement le portrait en médaille, qui rappelle bien sûr celles de l’Antiquité romaine. Ses médailles, réservées à une élite, jouissent d’une grande faveur dans les milieux princiers et humanistes des cités italiennes de la Renaissance, où naissaient les nouveaux idéaux de responsabilité individuelle et de vertu civique.

Médaille de Leonello d'Este, Pisanello, 1444

Recherché pour la fidélité et le réalisme de ses portraits, Pisanello, s’est attaché à glorifier les Visconti et les Sforza à Milan, les Gonzague à Mantoue, les Este à Ferrare, les Malatesta à Rimini, tous ces « codottieri » (mercenaires), en mal de légitimité véritable, qui avaient besoin de se créer une structure idéologique et des moyens de propagande.

Isabelle d'Este, Gian Cristoforo Romano, 1498

Ces cours princières deviennent des commanditaires friands de portraits, qu’ils soient sculptés ou peints, dans la seconde moitié du XVe siècle. Le réalisme et la véracité des traits sont recherchés, parfois au détriment des clients, comme Domenico Ghirlandaio et son vieillard au nez difforme.

Portrait d'un vieillard et d'un garçon, Domenico Ghirlandaio, vers 1490

Cet art de cour est parfaitement incarné par Sandro Botticelli, comme ici avec sa « femme idéale » qui n’est autre que Simonetta Vespucci, la maîtresse de Julien de Medicis.

Simonetta Vespucci, par Sandro Botticelli, vers 1474

Le dernier grand foyer de diffusion du portrait en Italie, est sans conteste Venise, sur laquelle règnent Antonello de Messine et Giovanni Bellini. dont les portraits ont résolument abandonné le profil pour présenter son modèle tourné de trois quarts, le regard lointain.

Fra Teodoro d'Urbino en saint Dominique, Giovanni Bellini, 1515

Sans d’autre décor que le personnage, les deux peintres poussent le réalisme un cran au-dessus, avec des visages qui reflètent la vie intérieure de leurs sujets. Ici, le jeune homme regarde directement le spectateur : en le peignant devant un fond presque neutre, vêtu de noir, Antonello da Messina met la figure humaine au premier plan, en fait l’unique sujet de sa peinture.

Portrait d'un jeune homme, Antonello da Messina, 1478

Ce portrait (imaginaire) de Dante est dans la même veine : esquissé au crayon par Luca Signorelli, le vieil homme au visage creusé affiche un air grave et austère.

Dante, Luca Signorelli, vers 1485-1500

Il ne s’agit ici que d’une petite sélection, parmi les 160 oeuvres rassemblées par le Met pour cette exposition. Pour ceux qui n’auraient pas la chance de pouvoir s’y rendre, ils peuvent consulter la timeline du musée, petit bijou de pédagogie (voir par exemple les notices de Donatello, Antonello da Messina, ou encore de l‘art à Venise après 1400).

« The Renaissance portrait : from Donatello to Bellini », du 21 décembre 2011 au 18 mars 2012, Metropolitan Museum of Art, New York.

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