Adoration des Mages, par Jean Bourdichon vers 1498-1499. Paris, Musée du Louvre, Cabinet des dessins, RF 53030. © 2011 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Promenade au Louvre des Antiquaires

Hier a eu lieu le vernissage des 20 ans de la galerie Les Enluminures, située au Louvre des Antiquaires. À cette occasion, Sandra Hindman et son équipe ont publié un catalogue réunissant leurs plus belles pièces vendues depuis 1991 et force est de constater qu’aujourd’hui, la quasi majorité se trouve sous les vitrines des plus prestigieuses institutions.

Adoration des Mages, par Jean Bourdichon vers 1498-1499. Paris, Musée du Louvre, Cabinet des dessins, RF 53030.

De la galerie au cabinet des dessins du musée du Louvre, il n’y a qu’un pas qu’a franchi cette miniature de Jean Bourdichon, mise à l’honneur en ce moment même au sein de l’exposition Enluminures du Moyen Age et de la Renaissance. Cette Adoration des Mages fit partie, originellement, des Heures de Louis XII, démantelées dès 1700 dont on retrouve peu à peu les différents fragments. Le peintre du roi, successeur de Jean Fouquet, commença à illustrer ce manuscrit peu après le couronnement de Louis XII. Le cadre resserré sur les protagonistes nous fait entrer au coeur même de la scène, dans l’intimité des personnages.

Naissance de saint Jean-Baptiste, vers 1533. Ecouen, Musée National de la Renaissance, Ec. 1849.

D’autres pièces sont venues compléter les collections des musées français, comme cette Naissance de saint Jean-Baptiste aux armes des Medicis, et plus précisément du pape Clément VII aujourd’hui au musée de la Renaissance à Ecouen. Entourant la naissance du saint, un décor à l’antique à couper le souffle : temple, frises et grotesques occupent les 3/4 de la composition, laissant à la scène principale une place minoritaire. D’autres feuillets provenant sans doute du même manuscrit, conservées au Victoria & Albert Museum possèdent ce même genre de bordures. On les attribue à Vincent Raymond, enlumineur français à la cour pontificale.

François 1er agenouillé devant saint Marculf, maître de François de Rohan, 1539-1540. New York, Met. Museum of Art, Inv. 2011.353

Enfin tout récemment, le Metropolitan Museum of Art de New York vient d’acheter les Heures de François Ier, manuscrit jusque là conservé dans une collection particulière. C’est l’occasion d’en découvrir un peu plus sur le monarque, qui adresse ses prières à Saint Marculf afin de le guérir des écrouelles, appelée aussi le mal du roi (maladie tuberculeuse provoquant des fistules sur les ganglions lymphatiques au niveau du cou). Le maître de François de Rohan, dans l’une des miniatures, nous livre un portrait saisissant de François Ier agenouillé devant saint Marculf. L’enlumineur représente un homme vieillissant, aux traits marqués : le roi avait en effet 46 ans au moment de la réalisation de ce manuscrit, bien loin du portrait de Clouet en 1525.

Antependium, Allemagne, XVe siècle.

Mais en dehors des oeuvres déjà vendues et conservées aux quatre coins du monde, la galerie propose une nouvelle exposition : l’occasion de voir de près certaines pièces avant qu’elles ne partent chez leurs acquéreurs futurs. L’une des oeuvres qui m’a le plus marqué et plu est cette bordure d’antependium, réalisée dans un couvent en Allemagne à la fin du XVe siècle. Faites de lin, de soie et d’or, ces scènes de la vie de saint Paul de Thebes sont représentées dans un style assez rudimentaire et naïf qui fait tout leur charme.

Coffret à estampe, Paris, fin du XVe siècle.

Autre oeuvre se démarquant des traditionnels livres d’heures : un coffret à estampe. La recherche actuelle estime que la fonction de ces boîtes était d’être des autels portatifs, recelant un compartiment secret contenant des reliques. Le caractère précieux de ces objets écarte en effet l’hypothèse du transport d’objets : ces coffrets n’auraient pas survécu jusqu’à nous après de longs trajets à cheval. Au revers se trouve une xylographie représentant la crucifixion et le monogramme du Christ, issue de la production très importante inspirée des modèles du maître des Petites Heures d’Anne de Bretagne.

Crucifixion, monogramme du Christ et instruments de la Passion. Xylographie. Paris, fin XVe siècle

Parmi les manuscrits présentés, notons la présence d’une anthologie historique et cosmologique, datant du XIVe siècle, d’un livre d’heures illustré par le maître de Jean Charpentier, d’un évangéliaire byzantin du XIIe siècle, de diverses miniatures esseulées et surtout d’un graduel olivétain illustré par Girolamo da Milano vers 1439-1447. Celui-ci abrite une miniature assez marquante : un choeur de moines olivétains chantant, l’une des plus grandes enluminure connue de ce maître.

Si ce n’est pour acheter ces oeuvres (de 32 000$ à 575 000$), la visite au Louvre des Antiquaires vaut le détour afin de contempler ces magnifiques pièces, qui sous peu iront peut être compléter les plus fameuses collections du monde entier.

Choeur de moines chantant l'office - Italie, Lombardie, Santa Maria di Baggio vers 1430
Annonciation aux bergers, par le maître de Jean Charpentier. Tours, vers 1485-1490.

 

(lien vers le site des Enluminures : clic sur l’image)

Les Enluminures 1991 – 2011 du 13/09 au 27/11

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