Nativité, Benedetto Ghirlandaio, vers 1490 © 2011 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

La Nativité d’Aigueperse : Ghirlandaio et l’Auvergne.

Noël oblige, le thème de la Nativité sera à l’honneur aujourd’hui. De passage en Auvergne pour les fêtes, j’en profite donc pour partir sur les terres des Bourbon de Montpensier et du dauphiné d’Auvergne à la fin du XVe siècle. En 1481, Gilbert de Bourbon Montpensier,  dauphin d’Auvergne et comte de Clermont, épousa Claire de Gonzague, fille du marquis de Mantoue, mécène du célèbre Andrea Mantegna. C’est sans doute à cette occasion que son fameux saint Sébastien fut offert au couple pour leur résidence d’Aigueperse.

Saint Sébastien, Andrea Mantegna, vers 1478-1480

Les Bourbon Montpensier étaient en effet très férus des peintures de la Renaissance italienne : se trouvent encore dans l’église un Saint François de l’école de Bologne et… une Nativité de Benedetto Ghirlandaio. Frère du fameux Domenico Ghirlandaio, le peintre florentin était en effet au service des Bourbon d’Aigueperse depuis 1486 et y restera jusqu’en 1493.

Nativité, Benedetto Ghirlandaio, vers 1490

Cette Nativité fut réalisée autour de 1490 dans le petit bourg de Blesle, en Haute-Loire, relevant du Dauphiné d’Auvergne et donc des Bourbon Montpensier. Sur un petit parchemin placé sur le mur soutenant le toit de la crèche, on peut lire :

« Je benedit de [guir]landaye Florentin
ay fayt de ma main ce tableau l’an
mil cccc[IIIIxx et dix] , a biela maison
de monseigneur Le conte de mon
tpan[sier], dauphin d’auvergne ».

Autour de la Vierge, de l’Enfant (le petit Charles de Bourbon?) et de Joseph entourés d’une multitude d’enfants, la traditionnelle étable occupée par le boeuf et l’âne. Marie, vêtue à l’antique, invite d’un geste le spectateur à entrer dans l’intimité de ce moment, ce que font à l’arrière les personnages observant de loin la scène biblique. Il s’agit des princes et seigneurs de la maison de Bourbon, ainsi que des notables d’Aigueperse. Derrière eux, se déploient les Monts-Dômes (dont la partie gauche à été repeinte).

De nombreux symboles sont dispersés dans la composition : la gourde et a besace accrochés au pilier annoncent la fuite en Egypte, le crapaud aux pieds de Marie est l’incarnation du mal, les enfants soulignent l’innocence du nouveau-né et les bergers annoncent l’allégorie du bon pasteur, la venue du Sauveur.

Si ce tableau est un témoignage du goût italianisant qui animait la cour d’Aigueperse, il est très éloigné de la vision monumentale de Mantegna dans son saint Sébastien, dont la tension dramatique et la veine antiquisante sont à l’opposé de ce charmant panneau. Destiné à l’origine à la chapelle du château d’Aigueperse, il est aujourd’hui conservé dans l’église paroissiale où on peut encore librement l’admirer.

 

2 Comments

  1. Gregg

    Le paysage auvergnat est reconnaissable du premier coup d’oeil !

  2. Claudine VALLIN

    Le Saint Sébastien de Mantegna serait encore fort à l’aise sous le climat auvergnat tout comme la Pietà de Malouel.

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