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Saint Louis a droit de Cité

L’exposition Saint Louis est, disons le d’emblée, à la hauteur du lieu, et du mythe. Car c’est bien un mythe que l’exposition tente d’abord de déconstruire en présentant la vision détournée de l’historiographie, puis progressivement s’intéresse à l’homme, sa foi profonde et son rôle dans la création artistique du XIIIe siècle.

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Vue du Palais de la Cité fin XIVe. Reconstitutions 3D. Borne tactile interactive. © Institut Passion for Innovation – Dassault Systèmes. 2014

Cette exposition prend place dans la salle des gens d’armes de la Conciergerie, anciennement Palais de la Cité, lieu de pouvoir sous Saint Louis et sa résidence principale qu’il embellit avec l’érection de la Sainte Chapelle dans les années 1240. Construite pour accueillir les reliques de la Passion (couronne d’épines, morceaux de la sainte lance, sainte éponge…), elle est un manifeste de l’architecture gothique et de ses prouesses techniques, mêlant pour la première fois pierre et fer afin de créer une châsse à la hauteur du Palais de la Cité. Symbole de la piété profonde qui animait Louis IX, mais aussi de sa volonté de légitimer son pouvoir par l’achat de reliques tel Charlemagne à Aix, elle est l’une des pièces maîtresses de cet exposition. Sa présence, à quelques mètres, est rappelée par une reconstitution 3D de l’ancien Palais de la Cité, mais aussi par la présentation d’une partie des pièces qui constituaient son trésor et la charte de sa fondation.

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Vue du Palais de la Cité fin XIVe. Reconstitutions 3D. Borne tactile interactive. © Institut Passion for Innovation – Dassault Systèmes. 2014
Vue du Palais de la Cité fin XIVe. Reconstitutions 3D. Borne tactile interactive. © Institut Passion for Innovation – Dassault Systèmes. 2014
Vue du Palais de la Cité fin XIVe. Reconstitutions 3D. Borne tactile interactive.
© Institut Passion for Innovation – Dassault Systèmes. 2014

En effet, une grande partie des oeuvres présentées est en rapport avec le lieu même de l’exposition, occasion unique qui a permis de les réunir à nouveau. La reconstitution partielle du trésor de la Sainte Chapelle, après sa dispersion au XVIIIe siècle, nous laisse imaginer la splendeur d’origine des oeuvres commandées par Saint Louis. Plusieurs évangéliaires, lus au cours des offices, présentent d’impressionnants plats de reliure en or, témoins de la production artistique marquée à la fois par une grande préciosité et une recherche de sobriété formelle. Éléments phares de la Sainte Chapelle, ses vitraux font également partie du programme : avec plusieurs panneaux et leurs relevés du XIXe siècle, permettant d’apprécier l’état originel de ces oeuvres qui ont parfois souffert.

Vue de l’exposition avec des vitraux de la Sainte-Chapelle. © Didier Plowy – CMN
Vue de l’exposition avec des vitraux de la Sainte-Chapelle.
© Didier Plowy – CMN
Premier évangéliaire de la Sainte-Chapelle. Paris, vers 1230 et vers 1240-1248. Parchemin, H. 0.385 ; L. 0.265 m. Paris, Bibliothèque nationale de France. Ms lat. 8892. © BnF
Premier évangéliaire de la Sainte-Chapelle. Paris, vers 1230 et vers 1240-1248. Parchemin, H. 0.385 ; L. 0.265 m. Paris, Bibliothèque nationale de France. Ms lat. 8892. © BnF
Deuxième évangéliaire de la Sainte-Chapelle. Paris, vers 1241-1248. Parchemin, H. 0.36 ; L. 0.255 m. Paris, Bibliothèque nationale de France. Ms lat 9455. © BnF
Deuxième évangéliaire de la Sainte-Chapelle. Paris, vers 1241-1248. Parchemin, H. 0.36 ; L. 0.255 m. Paris, Bibliothèque nationale de France. Ms lat 9455. © BnF

Le parcours s’intéresse également à la foi profonde qui animait le roi saint. Louis IX occupe une place singulière dans l’histoire de la monarchie française, car il a porté au plus haut l’idéal du roi chrétien protecteur de son peuple. Exceptionnellement, l’archevêché de Paris a consenti le prêt de la chemise de saint Louis, en lin, issue du trésor de la Sainte Chapelle et conservée à Notre-Dame. D’infimes traces de sang sont encore perceptibles, marques probable de la discipline qu’il s’imposait.

Vue de l’exposition avec la chemise de saint Louis . © Didier Plowy – CMN
Vue de l’exposition avec la chemise de saint Louis .
© Didier Plowy – CMN

Plusieurs bibles et psautiers appartenant au cercle royal témoignent également de la piété de ses proches. Ils permettent d’admirer l’art élégant et maniéré du XIIIe siècle, où les arts figurés font la part belle à l’architecture contemporaine, aux silhouettes courbées et aux couleurs vives rappelant l’art du vitrail. La production artistique du temps de saint Louis est aussi illustrée par des oeuvres sortant du cercle royal, notamment le célèbre carnet de VIllard de Honnecourt. Oeuvre d’un artiste de grand talent, il s’agit d’un recueil de dessins comportant des schémas techniques, des plans d’édifice mais aussi des images d’objets, de personnages ou d’animaux. Un fragment du jubé de la cathédrale de Chartres illustre également la sculpture contemporaine, mise en valeur par la fameuse Descente de Croix du Louvre, dont quelques figures ont récemment pu être acquises grâce au mécénat.

Psautier de Paris à l’usage d’une princesse, dit « de saint Louis » ou de « Blanche de Castille ». Paris, fin du 1er tiers du XIIIe siècle. Parchemin, H. 0,28 ; L. 0,20 m. Paris, Bibliothèque de l’Arsenal. MS 1186. © BnF
Psautier de Paris à l’usage d’une princesse, dit « de saint Louis » ou de « Blanche de Castille ». Paris, fin du 1er tiers du XIIIe siècle. Parchemin, H. 0,28 ; L. 0,20 m. Paris, Bibliothèque de l’Arsenal. MS 1186. © BnF
 Element du jubé de la cathédrale de Chartres : saint Matthieu. Île-de-France, vers 1230. Pierre, H. 0,645 ; L. 0,50 ; Pr. 0,15 Paris, Musée du Louvre. RF 1388. © RMN – Grand-Palais (musée du Louvre) / Christian Jean
Element du jubé de la cathédrale de Chartres : saint Matthieu. Île-de-France, vers 1230. Pierre, H. 0,645 ; L. 0,50 ; Pr. 0,15 Paris, Musée du Louvre. RF 1388. © RMN – Grand-Palais (musée du Louvre) / Christian Jean
Descente de croix. Vers 1260-1270. Ivoire, Paris, Musée du Louvre. OA3935 ; OA9443 ; OA12516 ; OA12517 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Martine Beck-Coppola
Descente de croix. Vers 1260-1270. Ivoire, Paris, Musée du Louvre. OA3935 ; OA9443 ; OA12516 ; OA12517 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Martine Beck-Coppola
Carnet de Villard de Honnecourt. Nord de la France, deuxième quart du XIIIe siècle. Parchemin, H. 0,265 ; L. 0,18 m. Paris, Bibliothèque nationale de France. Ms FR 19093. © BnF
Carnet de Villard de Honnecourt. Nord de la France, deuxième quart du XIIIe siècle. Parchemin, H. 0,265 ; L. 0,18 m. Paris, Bibliothèque nationale de France. Ms FR 19093. © BnF

« Nous connaissons tous l’image, élevée au rang d’un mythe, de saint Louis rendant la justice sous un chêne à Vincennes et, parfois, nous associons son règne à quelques faits ou monuments marquants, comme la Sainte-Chapelle de Paris. Au-delà de cette vision d’un grand roi, saint de surcroît, il semble utile de voir en quoi sa personnalité peut encore nous toucher et éclairer profondément les évolutions culturelles et artistiques du XIIIe siècle. Quant à l’homme, ce qui frappe peut être avant tout, c’est la complexité, voire les contradictions de ses multiples facettes : roi pieux, il se montre aussi farouchement indépendant de l’Église; homme dans une société profondément masculine, il fut entouré constamment et parfois influencé par des femmes remarquables;

Figure présumee de Blanche de France agenouillée devant saint Louis. Paris, vers 1300-1320. Pierre, H. 1,11 ; L. 1,28 ; Pr. 0,24 m. Paris, Musee Carnavalet. © Stéphane Piera / Musée Carnavalet / Roger- Viollet
Figure présumee de Blanche de France agenouillée devant saint Louis. Paris, vers 1300-1320. Pierre, H. 1,11 ; L. 1,28 ; Pr. 0,24 m. Paris, Musee Carnavalet. © Stéphane Piera / Musée Carnavalet / Roger- Viollet

victorieux sur les terrains politique et militaire en France comme en Europe, sa vie fut pourtant marquée par une spiritualité de l’humilité et de la souffrance acceptée; imbu de l’esprit de croisade et intolérant vis-à-vis  de ceux qui ne partageaient pas sa foi, comme la plupart des hommes de son temps, il ne fut pas insensible au prestige et à la richesse des civilisations musulmane et juive; enfin saint Louis, dont la mentalité et le comportement peuvent nous paraître quelques fois énigmatiques, car si éloignés de notre monde actuel, est aussi étonnamment proche. N’est-il pas le premier roi de France à avoir laissé un texte personnel en langue vulgaire? »
Pierre-Yves Le Pogam
commissaire de l’exposition
conservateur en chef au département des sculptures du musée du Louvre

« Saint Louis », Conciergerie (Paris), jusqu’au 11 janvier 2015

Cette exposition est le pendant d’autres manifestations :
au château d’Angers, « Saint Louis, roi de France en Anjou », jusqu’au 25 janvier 2015
aux tours et remparts d’Aigues-Mortes (d’où Saint Louis est parti en croisade), « Saint Louis, de l’Occident à l’Orient », jusqu’au 31 décembre 2014à l’auditorium du Louvre, « Saint Louis et les arts en Europe », colloque organisé par le musée du Louvre, le 6 décembre 2014.

2 Comments

  1. Très belle exposition dans un lieu chargé d’histoire
    Bravo pour votre article très bien illustré
    A bientôt
    JA

  2. mc/mc

    Belle exposition ???? Ben je n’ai pas trouvé. Certes les objets présentés sont beaux cela est incontestable mais pour qui n’est pas un fin connaisseur de l’époque en Histoire et Histoire de l’art, aucun intérêt. Les explications sont au minima du minima. Le parcours est confus, pas chronologique pas de mise en perspective. Le badaud voit une chemise rongée par les ans, ah super ; une sculpture, belle, certes mais alors ? Bref, il faut se taper le catalogue de l’expo (45 €) si on veut vraiment comprendre qui était Saint Louis et son intérêt historique. Ca fait cher l’expo.

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