Triomphe de David, maître de Marie de Bourgogne, vers 1480 © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Évènement : TEFAF 2012 – l’art médiéval au premier plan

Dans deux semaines ouvrira la foire d’art et d’antiquité la plus prestigieuse : la TEFAF de Maastricht. L’art médiéval y tiendra une grande place, avec une sélection très intéressante dont nous allons présenter les pièces maîtresses.

Vierge en prière, Jean Bourdichon, vers 1480

Le galeriste londonien Sam Fogg propose une quinzaine d’oeuvres de la fin du Moyen Âge, dans la lignée de son exposition new-yorkaise « Late Medieval panels » chez Richard Feigen où était présenté le retable aujourd’hui propriété du Getty et attribué (un peu rapidement) à Peter Hemmel. Le clou de cette exposition sera également présent à la TEFAF : une Vierge en prière de Jean Bourdichon. Datée des années 1480, elle appartiendrait aux premières années d’activité (connue) de l’artiste et ferait partie de ses oeuvres de jeunesse. Cette Vierge serait également l’un des rares panneaux conservés de Bourdichon, dont l’activité enluminée est beaucoup mieux documentée.

Nativité, Simon Bening, 1511

Parmi les pièces présentées, le manuscrit de Simon Bening est également digne d’intérêt. Il s’agit d’un livre de dévotion appartenant à Hans V Imholf, membre éminent de la bourgeoisie germanique et client régulier du maître. Simon Bening l’aurait réalisé en 1511 à Anvers et Gand. La particularité de ses enluminures réside dans leurs similitudes avec la peinture de chevalet. Ses talents de coloriste et l’usage de la perspective atmosphérique ont rapidement conquis ses contemporains, tout comme ses figures trapues ici sur ce folio dansant sous le texte. Fait intéressant : au lieu de réaliser un encadrement traditionnel autour des lignes de texte, Simon Bening l’insère au beau milieu d’une composition pleine-page, comme s’il en cachait la majeure partie.

Christ supplicié et ange, Giovanni Angelo del Maino, vers 1495.

Passons ensuite à deux magnifiques sculptures, provenant de la galerie milanaise Longari. Il s’agit d’une fragment représentant le corps du Christ supplicié soutenu par un ange. Le travail du bois, des visages aux expressions très intenses, notamment celui de l’ange, indiquerait l’oeuvre de Giovanni Angelo del Maino à ses débuts, soit dans les années 1495. Ce sculpteur lombard maîtrise parfaitement son art et il s’agit ici de l’un de ses premiers travaux identifiés, d’une pièce maîtresse donc, dans la carrière de cet artiste.

Christ rédempteur, Nicola da Guardiagrele, 1ère moitié du XVe siècle

L’autre sculpture représente quant à elle un Christ rédempteur de la première moitié du XVe siècle. À mille lieux de l’humanité de son prédécesseur, ce Christ impassible est drapé dans une toge à l’antique, tenant d’une main le globe céleste, de l’autre bénissant. À l’origine placé au sommet d’une croix de procession, il est fait de bois pour l’âme, recouvert d’argent doré. On y reconnait le travail de Nicola da Guardiagrele, orfèvre des Abruzzes.

Triomphe de David, maître de Marie de Bourgogne, vers 1480

Passons ensuite à l’enluminure, avec la galerie éponyme et la miniature pleine page illustrant le triomphe de David. Celle-ci illustrait sans doute les psaumes d’un livre d’heures réalisé par le maître de Marie de Bourgogne vers 1480. Cette miniature représente donc David présentant à un groupe de femmes chantant et jouant d’instruments de musique, la tête de Goliath fichée sur son épée. La scène est entourée par une élégante frise de feuillage insérée dans des entrelacs dorés simulant un cadre de tableau. De grands aplats de couleurs vives complètent l’encadrement de la composition. Le maître de Marie de Bourgogne, dont l’activité est bien documentée, est en effet connu pour être un fin coloriste. Il aurait réalisé cette miniature à Gand dans les dernières années de sa carrière.

Rudimentum novitiorum, Lübeck, 1475

Un incunable d’une grande valeur sera lui aussi présenté à la TEFAF. Crouch rare books propose en effet un exemplaire du Rudimentum novitiorum publié à Lübeck en 1475. Traduit en France quelques années plus tard, et adapté sous le nom de Mer des histoires, il s’agit d’une grande chronique universelle, rédigée à Lübeck dans les années 1470 : il s’agit donc ici d’une édition originale, avec deux cartes double-pages rehaussées à la main.

Bible de l'abbaye d'Aulne, vers 1240-1250.

La Bible ci-dessus est aussi une des pièces majeures de cette sélection. Réalisée autour de 1240-1250 dans le nord de la France ou dans le comté de Hainaut, elle provient de l’abbaye cistercienne d’Aulne, du diocèse de Liège, comme l’indiquent les marques de possession des XVe et XVIe siècles. Le style, fortement influencé par la mouvance parisienne, pourrait être le témoin du rapprochement de l’enluminure du Hainaut ou du Brabant avec l’art français.

(détail)

Nous ne pourrions pas faire la notice de chaque oeuvre, mais cette petite Vierge à l’Enfant, sculptée vers 1500, attire l’oeil avec son grand front et le geste de Jésus jouant avec le menton de sa mère. Elle serait l’oeuvre d’Adriaen van Wesel, sculpteur d’Utrecht à la fin du XVe siècle, dont  ce serait l’une des dernières productions.

Vierge à l'Enfant, Adriaen van Wesel, vers 1500

Autre panneau qui attire l’attention : ce petit tableau de dévotion assez simple, représentant des figures sur un fond d’or finement ciselé. La simplicité de cette composition fait sa force et met en avant les personnages : Marie, sainte Anne, saint Antoine et saint Pierre martyr. Elle aurait été réalisée dans le premier tiers du XVe siècle en Lombardie.

Vierge, sainte Anne, saint Antoine et saint Pierre martyr, vers 1425

Le petit groupe sculpté qui suit est attribué à Jean de la Huerta, sculpteur espagnol actif en Bourgogne à partir de 1440. Considéré comme le meilleur « imagier » de la cour, il remplace Claus de Werve au service du duc Philippe le Bon et achève le tombeau de Jean sans Peur et Marguerite de Bavière. Personnage intriguant, abandonnant parfois ses commandes, il est également un « chercheur d’or » puisqu’il a obtenu du duc le droit d’exploiter des mines. Son parcours est ensuite assez flou, tout comme la provenance et la destination de cette oeuvre. Elle représente trois personnages : peut être une Vierge à l’Enfant et sainte Anne? Datée des alentours de 1460, cela pourrait être une des dernières oeuvres du sculpteur aragonais.

Groupe sculpté, Jean de la Huerta, vers 1460

Nous continuons avec une miniature savoyarde, provenant d’un livre d’heures. Si la représentation des personnages ne distingue pas ce manuscrit d’une production somme toute assez commune, en revanche c’est dans l’ornementation que réside l’intérêt de cette enluminure, comme dans la narration du récit.

Crucifixion, vers 1460, Savoie

La galerie parisienne Sarti exposera un panneau attribué au peintre siennois Sano di Pietro. Il s’agit d’une Vierge à l’Enfant et les saints Jérôme et Bernardin de Sienne entourés d’anges, réalisé vers 1460. Il s’agit de l’un des nombreux tableaux dans lequel l’artiste peint saint Bernardin. Ici, la composition et les personnages sont si proches des autres Vierges à l’enfant de Sano di Pietro que la filiation ne fait aucun doute.

Vierge à l'Enfant, saint Jérôme et saint Bernardin de Sienne entourés d'anges, vers 1460.
Vierge à l'Enfant, saint Jérôme et saint Bernardin de Sienne et anges, Metropolitan Museum, Sano di Pietro

Veit Stoss et la sculpture germanique sont également présent : on attribue à un artiste de son cercle cette Vierge à l’Enfant, réalisée dans les années 1500 à Nuremberg. Il s’agit d’une oeuvre de choix puisque Veit Stoss est l’un des sculpteurs les plus importants du gothique tardif, actif principalement à Cracovie et Nuremberg. Son style, repris ici par un de ses suiveurs, se caractérise par une tension dramatique extrême et surtout une virtuosité technique époustouflante. Sans savoir précisément qui est l’auteur de cette sculpture (un élève, un collaborateur?), celui-ci évoluait non loin du maître polonais autour des années 1500, alors que ce dernier s’installe à Nuremberg.

Cercle de Veit Stoss - Vierge à l'Enfant, Nuremberg, vers 1500.

Enfin, nous terminerons ce panorama avec un bijou, plus précisément un pendentif gothique. Sur un fond émaillé bleu se détache le corps du Christ crucifié – en or. Le pourtour du pendentif est agrémenté de petits redents et entouré de quatre perles d’or. Au verso du bijou se trouve en lettres gothiques le monogramme du Christ IHC. Il aurait été réalisé en Espagne à la fin du XVe siècle.

Pendentif, Espagne, fin du XVe siècle

La TEFAF de Maastricht est aujourd’hui l’un des évènements les plus attendus, à juste titre lorsque l’on regarde la qualité des oeuvres qui y sont présentées. D’autres pièces sont encore à découvrir, médiévales et autres, en avant-première sur le site de la foire.

4 Comments

  1. Thea Willemsen

    Prachtig, ik hoop dat ik er dit jaar kom en het wellicht voor een laatste keer mag bekijken!

  2. ROGER

    J’habite près des ruines de l’abbaye d’aulne, brulée par l’armée révolutionnaire française le 10 mai 1794 cette bible est un témoin écrit de l’histoire et des décors de ma région (BELGIQUE), les nombreuses guerres ont fait que plus aucuns écrits ne subsistent ici (les archives ont tout simplement brulés) ELLE N’A RIEN DE FRANCAIS…………

    • CaroB

      Je n’ai jamais avancé que l’abbaye d’Aulne était française, mais que la réalisation du MANUSCRIT pouvait l’être.

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