Cloître de Trie-en-Bigorre © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

The Cloisters

C’est au nord de Manhattan que se situe la destination médiévale la plus connue de New York : le musée des cloîtres. Surplombant l’Hudson river, on atteint le musée au bout d’une promenade dans Fort Tryon Park. Au loin, émerge des arbres un campanile pseudo-roman, orné de bandes lombardes, puis en s’approchant ce sont des fenêtres gothiques aux ajours flamboyants qui apparaissent, scandant les murs de cet édifice si atypique. Si atypique et surtout en rien médiéval.

Il s’agit en réalité de l’œuvre de Charles Collens, datant des années 30, réalisée spécialement pour mettre en valeur les quatre joyaux du musées, les fameux cloîtres de Saint-Michel-de-Cuxa, Saint-Guilhem-le-Désert, Bonnefont-en-Comminges et Trie-en-Bigorre.

cloître de Saint-Michel de Cuxa

Comment ces quatre « fragments » de monastères français ont-ils traversé l’Atlantique et ont-ils été réédifiés au nord de Manhattan ? L’histoire des Cloisters démarre avec George Grey Barnard, un sculpteur américain formé à l’Art Institute de Chicago et aux Beaux-Arts parisiens. Au début du XXe siècle, Barnard vit près de Fontainebleau où il travaille pour la commission en charge de la façade du capitole de Pennsylvanie. Il devient à l’occasion un marchand d’art et un collectionneur avisé, amassant en quelques années un ensemble impressionnant d’objets médiévaux. Lui-même sculpteur, Barnard est passionné par le travail des « ymagiers » et décide de fonder un musée médiéval aux Etats-Unis. Il profite des nombreux vestiges alors en circulation depuis la Révolution et c’est ainsi qu’il acquiert une impressionnante collection dont plusieurs « parties » de bâtiments.

Abside de Saint-Martin de Fuentiduena

Outre les cloîtres (pour la plupart déjà dépecés et utilisés comme ornements dans des jardins particuliers), il acquiert l’abside de l’église Saint-Martin de Fuentiduena, des portails monumentaux comme celui de San-Leonardo de Massa-Carrara ou de Moutiers-Saint-Jean, une des chapelles de Notre-Dame-du-Bourg de Langon ou encore la salle capitulaire de l’ancienne abbaye cistercienne de Notre-Dame-de-Pontaut.

Salle capitulaire de Notre-Dame de Pontault

Tous ces éléments sont aujourd’hui assemblés en un seul et même édifice : puristes s’abstenir ! Pourtant on se laisse facilement charmer par les reconstitutions des jardins de simples ou de millefleurs, imitant les tapisseries qui ornent les murs du musée. On peut apprécier également ce concept étonnant du cloître climatisé, ou encore s’énerver devant les cartels vantant l’Amérique au secours du patrimoine français. Pourtant, ce musée possède un charme indéniable, et une collection très intéressante.

The cloisters cross – abbaye de Bury Saint Edmonds, milieu du XIIe siècle

Parmi les œuvres les plus marquantes, le triptyque de Mérode de Robert Campin est tout à fait saisissant. La scène de l’Annonciation est reconstituée en plein intérieur gothique, et sur le panneau droit se trouve l’une des rares représentations de saint Joseph au travail, dans son atelier de charpentier.

Triptyque de Mérode, Robert Campin, 1425-1428

Au détour d’une galerie, les fragments du vitrail des dormants d’Ephèse, vestiges de la vitrerie du XIIIe siècle de la cathédrale de Rouen, sont cote à cote avec les panneaux contemporains de Saint-Gervais-Saint-Protais de Soissons. Restons parmi les vitraux, avec certains médaillons de la Chapelle de la Vierge de Saint-Germain-des-Prés du milieu du XIIIe siècle, mais surtout avec les deux petits panneaux, somptueux, de Peter Hemmel, le peintre verrier strasbourgeois du XVe siècle.

La Vierge, Peter Hemmel d’Andlau, vers 1480

Le musée des Cloisters est également le propriétaire d’une série de tapisseries représentant la chasse à la licorne, réalisées à Bruxelles ou Liège à la fin du XVe siècle, dont la fameuse licorne captive.

La licorne captive, vers 1500

La pièce la plus célèbre n’est pas plus haute que 8 cm : peint en grisaille, ce livre d’heures a été réalisé pour la reine Jeanne d’Evreux. L’auteur de ce manuscrit n’est autre que Jean Pucelle, l’un des enlumineurs les plus importants de la capitale, puisant à la fois dans les répertoires flamands et siennois afin de créer un art tout à fait original incarnant l’art courtois.

Heures de Jeanne d’Evreux, Jean Pucelle, 1324-1328

Aujourd’hui intégrés au Metropolitan Museum, les cloîtres n’en sont pas moins un musée à part entière et leurs collections témoignent du vif intérêt de George Grey Barnard puis John D. Rockfeller (qui a légué le parc au musée) pour l’art médiéval.

Cloître de Saint-Michel de Cuxa

Cloître de Trie-en-Bigorre
Cloître de Bonnefont-en-Comminges
Cloître de Saint-Guilhem-le-désert

One Comment

  1. Magali

    Voilà une balade singulière à Manhattan, qui mérite qu’on lui consacre une visite. Je reste réservée sur le concept du cloître climatisé, quant à Saint-Michel de Cuxa & co (co = bruit de fontaine et jardiniers), il n’y a rien à redire, on s’y croirait!

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  1. By Les ruines du Florida hantent la vieille ville de Langon | Actualités de Bordeaux 3 septembre 2014 at 9 h 40 min

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