Tombeaux des ducs de Bourgogne

Un autre vestige de la commande des ducs de Bourgogne est aujourd’hui conservé au musée des Beaux Arts de Dijon. En réalité, il s’agit de deux tombeaux conçus pour être intégrés à la chartreuse de Champmol. Le premier fut commandité par Philippe le Hardi : réalisé entre 1384 et 1410 par Jean de Marville, Claus Sluter et Claus de Werve. Il est composé de deux registres : un soubassement fait d’une dalle de marbre noir sur laquelle se tient un cortège de pleurants, se tenant debout sous des arcatures gothiques. Le registre supérieur est délimité par une autre dalle de marbre noir, sur laquelle prend place le gisant de Philippe le Hardi, en armure vêtu d’un manteau de marbre blanc et surmonté par un couple d’ange. Ses pieds reposent sur un lion, symbole de résurrection. Le gisant en place aujourd’hui est une restitution, l’original ayant été détruit à la révolution.

À peine le tombeau de son père installé dans l’église de Champmol en 1410, Jean sans peur manifesta sa volonté d’édifier pour lui une pareille sépulture. Mais rien ne fut réellement entrepris, même après sa mort en 1419. En 1435, Philippe le Bon relança la commande à Claus de Werve, qui mourut en 1439 sans même avoir trouvé l’albâtre convenable. Le duc passa enfin un marché en 1443 avec Jean de la Huerta, qui définissait clairement le désir de faire un tombeau « aussi bon ou meilleurs et de mêmes dimensions » que celui de Philippe le Hardi. Après avoir connu des déboires dans la réalisation des gisants, Jean de la Huerta quitta Dijon en 1456 : les éléments du tombeau furent amenés à Champmol un an plus tard : étaient déjà exécutés la galerie, les pleurants, les anges de la dalle et le heaume. En 1461, sur les conseils de sa soeur Agnès, Philippe le Bon confia le chantier à Antoine le Moiturier, achevant ainsi la sépulture mise en place en 1470 dans le choeur de l’église, derrière celui de son aïeul.

Tombeau de Jean sans Peur

Le tombeau de Jean sans Peur a repris fidèlement le modèle de Philippe le Hardi : soubassement d’une dalle noire surmontée de pleurants sous des arcades gothiques, registre supérieur délimité par une autre dalle de marbre noir, sur laquelle se tiennent les gisants de Jean sans Peur et de son épouse Marguerite de Bavière, encadré au-dessus de leurs têtes par deux couples d’anges, tenant un écu armorié et un heaume. À leurs pieds se tiennent également deux lions dans la symbolique de résurrection.

L’iconographie même des gisants et du cortège de pleurants n’était pas nouvelle : elle reprenait une tradition en usage depuis le milieu du XIIIe siècle et dont les monuments des rois de France à Saint-Denis donnaient de nombreux exemples. En revanche, l’innovation vint dans la monumentalité des tombeaux, qui plaçait la représentation des princes presque hors d’atteinte du regard; la représentation des gisants innovait elle aussi : ils n’étaient plus isolés dans une arcature mais semblaient réellement glisser sous les arcades d’un cloître. Tous expriment leur douleur. Et encore une fois, la qualité et le rendu des expressions de ces pleurants, conférant une grande véracité à l’ensemble, était l’une des grandes caractéristiques de ces artistes travaillant à la cour de Bourgogne. Ceux-ci, le plus souvent originaires des anciens Pays-Bas, exerçaient pour la plupart à Paris avant d’entre au service du duc.

Pour compléter cette visite – virtuelle-, il faut se rendre au musée du Louvre où une autre oeuvre présumée d’Antoine le Moiturier est conservée : le tombeau de Philippe Pot. L’artiste atteint ici le paroxysme dans le gigantisme de la sépulture, avec des pleurants grandeur nature dont l’effet est toujours aussi surprenant!!!!

(notice du Musée du Louvre – clic sur l’image)

One Comment

  1. maleen

    Merci pour cet agréable article. Cela fait toutefois plusieurs décennies que le tombeau de Philippe Pot n’est plus attribué au Moiturier (il me semble que le Louvre le note en « anonyme, anciennement attribué au Moiturier).
    Et merci pour ce site, toujours agréable à lire lorsqu’on se spécialise en art médiéval !

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