Louis XII en prière, Heures de Louis XII, Jean Bourdichon, 1498-1499, ©Getty Museum © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Tours 1500 – Capitale des arts

« Tours 1500, capitale des arts », s’annonce comme l’une des expositions majeures de l’année. Entre Moyen Âge et Renaissance, le musée de Tours célèbre ainsi une période charnière de l’art ligérien qui a vu s’épanouir des artistes majeurs tel Jean Bourdichon, Jean Poyer ou encore Michel Colombe. Entre 1450 et 1550, Tours devient une véritable capitale, grâce aux séjours répétés des rois de France, (surtout Louis XI) qui font de la ville un centre artistique intense. Autour de la cour royale gravitent de nombreux artistes locaux comme Jean Bourdichon ou Jean Fouquet, et étrangers comme Andrea Solario de Milan.

Portrait de Charles d'Amboise, Andrea Solario, vers 1508, ©Musée du Louvre

Grâce aux prêts de nombreuses institutions, lieux de culte, antiquaires et collections privées, le musée des Beaux Arts de Tours réunit un grand ensemble de panneaux peints, manuscrits enluminés, vitraux, sculptures, émaux ou encore tapisseries. De la commande royale à celle de la puissante famille d’Amboise, l’exposition met en lumière pour la première fois en France la production tourangelle de la fin du Moyen Âge oscillant entre tradition locale et nouveautés italiennes.

Buste de Louise de Savoie, artiste italien, vers 1510, ©Musée du Louvre

Trois personnalités se démarquent au sein du milieu ligérien : Jean Bourdichon, Jean Poyer et Michel Colombe. Le premier est « peintre et valet de chambre ordinaire du roi » Louis XI, successeur de Jean Fouquet à ce titre, il travaille pour le monarque notamment au château de Plessis-les-Parcs. Il sera au service de quatre rois : Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François Ier, pour lequel réalisera le fameux décor du Camp du Drap d’or. Sa clientèle compte également d’autres figures royales étrangères comme Henri VII, et de hauts prélats comme Louis d’Amboise.

Louis XII en prière, Heures de Louis XII, Jean Bourdichon, 1498-1499, ©Getty Museum

À ses débuts, il se situe dans la continuité de l’art de Jean Fouquet, puis développe un style qui lui est propre, avec un goût prononcé pour l’or et par des figures de forte taille placées au premier plan, le « dramatic close up ».

Bethsabée au bain, heures de Louis XII, Jean Bourdichon, vers 1498-1499 ©Getty Museum

Plus connu pour ses oeuvres enluminées, il peint également sur panneau. Le musée des Beaux Arts en a récemment acquis deux : le Christ bénissant et la Vierge en prière.

Christ bénissant, Jean Bourdichon, Musée des Beaux Arts de Tours
Vierge en oraison, Jean Bourdichon, Musée des Beaux Arts de Tours

L’un de ces panneaux a fait récemment les beaux jours du marché de l’art, exposé à New York, puis à Maastricht, il fera peut être partie de la sélection présentée à Tours.

Vierge en prière, Jean Bourdichon ©Sam Fogg

L’un des autres artistes majeurs du milieu tourangeau est Jean Poyer. Familier de la reine Charlotte de Savoie, il est très attaché à la cour de France et participe régulièrement aux décors des entrées royales, enlumine les livres de dévotion d’Anne de Bretagne et réalise des panneaux peints, notamment le « retable de Loches » pour la chartreuse de Liget en 1485.

Jean Poyer, Retable de Loches, 1481.

En tant que peintre cartonnier, il réalise également des patrons de vitraux pour les ateliers de peinture sur verre tourangeaux.

Saint Jean l'Evangéliste, d'après un carton de Jean Poyer, vers 1500 ©Musée des Beaux Arts de Tours

Jean Poyer, tributaire lui aussi de l’art de Fouquet, semble particulièrement sensible aux innovations d’Andrea Mantegna et se caractérise par un sens de la mise en scène. Il meurt et 1503 et dès lors, il est célébré comme un peintre éminent par ses contemporains.

Cain et Abel, Jean Poyer, vers 1500 ©British Museum

Enfin, dernière personnalité marquante du milieu ligérien : Michel Colombe. Originaire du Berry, Michel Colombe est issu d’une famille de sculpteurs. Il s’installe vers 1470 dans la région en raison de la présence régulière du roi et des commandes liées à la cour. Il est alors « imagier » de la reine et brille notamment par la réalisation du tombeau des parents d’Anne de Bretagne à Nantes, véritable chef-d’oeuvre du sculpteur qui illustre parfaitement la simultanéité stylistique qui règne alors, entre tradition médiéval du tombeau à gisants et du vocabulaire antique. Il laisse derrière lui un atelier prolifique et incarne une figure de transition entre Moyen Âge et Renaissance.

Vierge à l'Enfant, école de Michel Colombe, ©Musée du Louvre

Cette exposition ouvrira ses portes dimanche 17 mars, et sera accompagné d’un cycle de conférences de mars à juin (voir le programme), puis d’un colloque international intitulé « Tours 1500 : Art et société à Tours au début de la Renaissance », organisé par le Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance.

5 Comments

  1. Votre blog est toujours passionnant et Tours une très belle ville au patrimoine bien préservé. Merci.

    • CaroB

      Mille mercis, et Tours est effectivement une très belle ville. J’espère que l’exposition aura le succès qu’elle mérite!

    • J’espère effectivement que le public répondra présent.

      Petit complément d’info : la miniature du livre d’heures de Louis XII (Bethsabée) m’a tout de suite fait penser à deux enuminures de la BM de Lyon (Ms 5141 et 5149). Même sujet bien sûr, mais vraiment compositions similaires (Disposition générale, David dans une loggia, tenture, pose de Bethsabée…). Celle du manuscrit de Louis XII est certes plus belle. Détail amusant, l’enluminure du 5141 a été censurée (grattée), peut-être par quelque pudibond du XVIIe ou de XVIIIe. Voyez ici http://www.bm-lyon.fr/trouver/basesdedonnees/base_eluminure.htm (en espérant que le lien fonctionne), recherche avancée et « Bethsabée » dans les descripteurs.

    • CaroB

      le lien emmène au portail de la BM de lyon, sans avoir les résultats, mais il suffit de taper la cote des manuscrits dont vous parlez, pour voir les folios. J’aime beaucoup la censure « au grattoir », notamment des angelots!!!! Par contre il y a effectivement une différence flagrante de facture. Sans doute était-ce une de ces compositions qui circulaient grâce aux réseaux de libraires et de commanditaires.
      Merci de nous faire partager ces jolies enluminures!

  2. Une très belle exposition en effet, qui ferme ses portes bientôt, j’en profite pour encourager ceux qui ne l’auraient pas vu à s’y rendre, entre enluminures, sculptures… il y a des trésors !

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  1. By Expositions en cours | On dit médiéval, pas moyenâgeux ! 29 mai 2012 at 14 h 53 min

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