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Trésors de sacristie : Usson

D’Usson, on garde généralement le souvenir de la Reine Margot et de l’ancien château à triple enceinte rasé par Richelieu au XVIIe siècle. Pourtant la petite église paroissiale Saint-Maurice, ancienne chapelle castrale, abrite en son sein des trésors qui gagnent à être mieux connus.

Crucifixion, par Niklaus Manuel Deutsch, 1518, Saint-Maurice d'Usson ©Photo RMN
Crucifixion, par Niklaus Manuel Deutsch, 1518, Saint-Maurice d’Usson ©Photo RMN

Dans la sacristie sont accrochés deux panneaux de bois peints : l’un par Niklaus Manuel Deutsch en 1518, l’autre par un artiste anonyme au XVe siècle. Le premier représente une Crucifixion, agrémentée dans la partie inférieure du monogramme de l’artiste et de la date d’exécution de l’oeuvre. Niklaus Manuel Deutsch est un peintre, poète et homme politique suisse, actif à Berne au début du XVIe siècle. Son corpus très varié témoigne de la polyvalence de ses activités : vitraux et cartons de vitraux, dessins, peintures sur toile, bois, peintures murales ou encore xylographies. La réalisation de cette oeuvre prend place dans un contexte intensif de création,  pendant lequel il s’acquitte de nombreuses commandes dont la fameuse danse macabre du cimetière du couvent des dominicains à Berne.

Résurrection de Lazare, dernier quart du XVe siècle, Saint-Maurice d'Usson
Résurrection de Lazare, dernier quart du XVe siècle, Saint-Maurice d’Usson

La Résurrection de Lazare lui fait face sur le mur opposé de la sacristie : réalisée par un artiste anonyme au XVe siècle, elle témoigne d’un style moins expressionniste. Une tradition très répandue voudrait reconnaître dans la figure de la donatrice située à droite, une représentation de Marguerite de Valois, toutefois la datation du tableau rend cette interprétation plus romanesque que réaliste.  Dans cette même veine, il est peu probable que le château en arrière plan soit celui d’Usson au XVe siècle. L’évocation de la mort de Lazare est rendue sensible par le peintre d’un point de vue visuel, par la représentation de la pierre tombale et de la fosse dont il émerge, mais également d’un point de vue olfactif, par le geste des deux personnages en arrière plan qui témoignent de l’état de décomposition de Lazare et de la puanteur qui s’en dégage.

Inscription située au-dessus de la sacristie, Saint-Maurice d'Usson
Inscription située au-dessus de la sacristie, Saint-Maurice d’Usson

Comment expliquer la présence de ces oeuvres à Usson? Serait-ce une libéralité de la reine Margot, qui comme le rappelle l’inscription située au-dessus de la sacristie, « venait prier Dieu » en ce lieu « pendant les vingt ans de sa captivité à Usson »? Les recherches de Conrad von Mandach tournent plutôt autour de la personnalité de Louis d’Augerand, seigneur de Boisrigaud (à coté d’Usson), et ambassadeur du roi de France en Suisse, en Savoie et en Allemagne au XVIe siècle (voir http://www.e-periodica.ch/cntmng?pid=zak-003:1943:5::466). Ce spécialiste de Niklaus Manuel Deutsch fait le lien entre le tableau, et la présence de Louis d’Augerand en 1529 à Berne, où il offre un vitrail aux armes de François Ier (https://doc.rero.ch/record/13113/files/18_1916.pdf) : la crucifixion du peintre bernois aurait été rapportée en Auvergne dans les bagages de l’ambassadeur.

Détail du vitrail offert par Louis d'Augerand, tiré de "Die Glasmalerei in Bern am Ende des 15. und Anfang des 16. Jahrhunderts."
Détail du vitrail offert par Louis d’Augerand, tiré de « Die Glasmalerei in Bern
am Ende des 15. und Anfang des 16. Jahrhunderts. »

La présence de la Crucifixion suisse est attestée dès 1623 par les archives, toutefois il semblerait qu’elle soit arrivée à Usson un siècle auparavant. Une mention tirée du procès-verbal d’une visite épiscopale en 1746 témoigne d’une « image de la Sainte Vierge échappée à la fureur des hérétiques, enlevée de l’église de Basle en Suisse et portée en la chapelle de Boisrigaud à Usson par les soins d’un seigneur de Boisrigaud, ambassadeur auprès des Cantons ». Qu’est devenue cette oeuvre (probablement une statue)? Nul ne le sait. En revanche, cet épisode nous éclaire sur la personnalité de d’Augerand et appuie l’hypothèse d’un don du seigneur à sa chapelle. Quant à la résurrection de Lazare, faisait-elle également partie du lot?

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