©Metropolitan Museumt

Trésors enfouis

Dans le domaine de l’orfèvrerie médiévale, les découvertes fortuites de trésors émaillent régulièrement l’histoire. Aujourd’hui, ces objets sont désormais des pièces majeures des principales collections muséales nationales.

Gourdon

En 1845, Louise Forest trouve un trésor enterré composé d’un calice, d’une patène en or et d’une centaine de monnaies de l »époque mérovingienne. Après une bataille juridique entre le propriétaire du champ, le fermier et l’inventrice du trésor, ce dernier est vendu aux enchères en 1846. Si les pièces de monnaies sont dispersées (et pour certaines, fondues), le calice et la patène sont achetées par le conservateur du cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale.

Calice de Gourdon, 2e moitié du Ve siècle, ©BnF cabinet des médailles
Patène de Gourdon, milieu du Ve siècle © BnF, Cabinet des médailles

La forme du calice à anses aviformes orné d’un décor en filigranes, rappelant celle des canthares antiques, indique une datation assez haute confirmée par les monnaies locales, frappées par un atelier burgonde. La patène prend la forme d’un plateau rectangulaire, en or massif, dont le bord est orné d’une galerie de grenats cloisonnés; en son centre, une croix creusée dans la masse est ornée de grenats et de filigranes rappelant ceux de la patène, encadrée par des feuilles incrustées de malachites. Ce trésor aurait été enfoui lors de la conquête franque de la Bourgogne, vers 530, et devait appartenir au monastère de Gourdon, non loin du lieu de sa découverte. Aujourd’hui, ce calice est l’un des plus anciens conservés en France, toujours conservé au cabinet des médailles.

Conques

Quelques années plus tard, lors de la démolition d’un mur qui consolidait les colonnes du rond point du choeur de l’abbatiale de Conques, le coffre dit « de Boniface » fut découvert dans la maçonnerie. Jusqu’alors, les reliques conservées dans le trésor n’étaient que secondaires et peu nombreuses et l’on ignorait où se trouvait le principal dépôt. Ce dernier est découvert fortuitement lors des travaux du choeur en 1875. Le coffre était enchâssé dans ce mur édifié en 1561 lorsque les protestants menaçaient d’incendier l’église. Les travaux révèlent, conservé dans une cavité, un premier coffre  vermoulu abritant un second coffre en bois recouvert de cuir clouté d’argent et orné de 31 médaillons émaillés.  Réalisé au XIIe siècle, sous l’abbatiat de Boniface, il conserve les reliques de sainte Foy. En 1878, Placide Poussielgue-Rusand restaure les médaillons d’émail champlevé et en remplace certains.Le coffre a intégré depuis, la riche collection du trésor de Conques.

Vue de la face antérieure du coffre de Boniface, vers 1110-1130 : bois gainé de cuir clouté, médaillons en émail champlevé. Sainte-Foy de Conques-© Inventaire général Région Midi-Pyrénées.

 

Face antérieure du coffre, détail d’un médaillon en émail champlevé. Coffre de Boniface, Sainte-Foy de Conques ©Inventaire général Région Midi-Pyrénées.

Cherves

Vingt ans plus tard, à Cherves,un ouvrier agricole déterre dans un champ un ensemble remarquable de 11 pièces d’orfèvrerie du XIIIe siècle. Ces objets sont étudiés par la Société Archéologique et Historique de la Charente qui en publie les photos (voir l’article de l’inventaire général de Poitou-Charentes à ce sujet). Plusieurs controverses entachent la découverte de ce trésor : le débat autour de l’inventeur du trésor, son authenticité mise en doute et des ventes successives.En 1908, il est dispersé et seules 4 pièces subsistent aujourd’hui.

« Tabernacle » de Cherves, ca. 1220–1230
©The Metropolitan Museum of Art, New York, Gift of J. Pierpont Morgan, 1917

La destination de la première pièce semble mal définie : intitulée tabernacle ou réserve eucharistique par le Metropolitan Museum où elle est conservée, elle s’apparenterait plutôt à un autel portatif. Les hosties consacrées étaient en effet conservées dans des réserves eucharistiques suspendues : la forme en triptyque de l’objet n’est ici clairement pas adapté à cet usage; quant à l’appellation de tabernacle, elle est anachronique, ce dernier apparaissant après la Réforme, au XVIe siècle.

« Tabernacle » de Cherves, ca. 1220–1230
©The Metropolitan Museum of Art, New York, Gift of J. Pierpont Morgan, 1917

Cet objet est en cuivre ciselé, gravé et doré et orné d’émaux champlevés. Plusieurs scènes ornent les volets du triptyque : des décors fondus et appliqués ou travaillés au repoussé représentent la Crucifixion au centre, flanquée des épisodes suivant la Passion. Ce remarquable travail s’inscrit dans la lignée de l’oeuvre de Limoges et de ses ateliers.

Le musée de Cluny possède également un encensoir ainsi qu’un luminaire en cuivre, tandis que le Louvre conserve un fragment de croix en cuivre émaillé. Quid du reste du trésor, dont les photos sont reproduites sur le site de l’inventaire de Poitou-Charente ?

Plaque centrale d’une croix trouvée à Cherves (Charente)
Email champlevé sur cuivre doré
Ancienne collection Roffignac ; don F. Doistau, 1919
Département des Objets d’art ©RMN Grand Palais

Les Trois-Épis

L’orfèvrerie civile n’est pas en reste : en 1864,des travaux dans la chapelle des Trois-Épis (Alsace) mettent au jour un chaudron de cuivre rempli d’orfèvrerie médiévale, soit environ 20 kilos de monnaies, vases, bijoux, hanaps et autres pièces. Cette chapelle étant, dès le XVIe siècle, un important lieu de pèlerinage, ces objets seraient des dons offerts par les fidèles (ce qui expliquerait leurs provenances diverses). Au moment des troubles engendrés par la guerre de Trente Ans, le chapelain aurait mis à l’abri ce trésor sous le parvis de l’église. Aujourd’hui exhumé, il est exposé au musée Unterlinden de Colmar.

Trésor des Trois-Epis, Musée Unterlinden, Colmar, ©Wikimedia Commons, Ji-Elle

Gaillon, Maldegem, Coëffort

Citons également le trésor de Gaillon, découvert avant 1840, de Maldegem et plus récemment de Coëffort, au Mans. En 1953, à l’occasion de travaux de restauration dans l’église Saint-Julien, un trésor est exhumé et sa découverte tenue secrète. Vingt ans plus tard, l’ancien curé signale enfin l’existence de cet ensemble d’orfèvrerie civile des XIVe et XVe siècles. Identifiés grâce à leurs poinçons et leurs inscriptions, ces objets assez sobres étaient manifestement au service d’une confrérie hospitalière (voir l’article de Catherine Arminjon et Francis Muel).

Hanap 1ère moitié du XIVe siècle. Prov.: Trésor Rouen-Gaillon (découvert en 1840) © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet
Trésor de Coëffort, XIVe et XVe siècles, © Carré Plantagenet, Musée d’archéologie et d’histoire du Mans

Pouilly-sur-Meuse

Enfin plus récemment, en 2006, des particuliers trouvent sur leur terrain à Pouilly-sur-Meuse des boîtes en métal, enterrées les unes à côté des autres, contenant des pièces d’orfèvrerie civile réalisées entre 1480 et 1570. La richesse de cet ensemble (salière, gobelets, coupes et cuillères) en fait un témoignage exceptionnel de l’art civil en France. Il appartenait à une famille protestante contrainte à l’exil au XVIe siècle, lors des guerres de religion. Cette vaisselle familiale, soigneusement enveloppée, attendait en vain le retour de son propriétaire. Il s’agit d’une découverte sans équivalent en France, d’une qualité exceptionnelle.

Trésor de Pouilly-sur-Meuse, orfèvrerie, XVe – XVIe siècle © Musée Lorrain Nancy
Coupe sur pied à décor de moresques, avec petite console supportant la coupe, Reims, argent ciselé, gravé et partiellement doré, milieu du XVIe s. © Gilles André, Ludovic Gury, Région Lorraine – Inventaire général

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