Sainte Marie-Madeline, Lippo Memmi, Musée du Petit Palais, Avignon © 2012 Caroline Blondeau-Morizot. All rights reserved.

Vrai? Faux? Le primitif italien était presque parfait.

Après avoir récemment récupéré certains de ses tableaux (volés en février 2011), le musée Fesch d’Ajaccio consacre sa nouvelle exposition aux primitifs italiens. À travers ses collections mais aussi de nombreux prêts, le musée aborde le phénomène de la copie, qu’elle soit contemporaine de l’originale, ou bien plus récente.

Vrai, faux? le primitif italien était presque parfait. 

Durant tout le Moyen Âge et la Renaissance, la copie occupe une place importante dans la création artistique. Au sein même de l’atelier, l’élève copie le maître : l’exemple récent de la Joconde du Prado, peinte par l’un des élèves de Léonard de Vinci, en est l’un des témoins les plus célèbres. Si le Louvre n’avait pas présenté les deux exemplaires côte à côte, le musée Fesch propose ici la confrontation entre plusieurs oeuvres copiées peu après la réalisation de l’original. Le degré de parenté s’éloigne de plus en plus : si les Vierge à l’Enfant de Domenico Ghirlandaio sont de la main même du maître, en revanche certains panneaux « à la manière de », s’inspirent librement des oeuvres originales.

Vierge de l’Annonciation (détail), Simone Martini et Lippo Memmi, 1333, Galerie des Offices, Florence
Vierge de l’Annonciation, deuxième moitié du XIVe siècle, Bartolo di Fredi, Musée du Petit Palais, Avignon

Avec la redécouverte des primitifs italiens (pourtant évoqués par Vasari au XVIe siècle), collectionneurs et érudits s’intéressent de plus en plus à leurs œuvres. À la fin du XVIIIe siècle, la situation politique en Italie et plus largement en Europe contribue au développement d’un véritable marché d’art. L’exposition met en lumière le rôle de deux hommes alors en scène à Rome : Séroux d’Agincourt et Artaud de Montor. Les deux contribuent à la diffusion de l’art italien en France à travers des traités, et bien sûr achètent eux même certaines de ces œuvres.  Se développent alors des « cabinets de gotthicité » qui encouragent antiquaires et amateurs à transformer les œuvres, les détourner de leur contexte voire les réinventer totalement. Cette sainte Madeleine (ci-dessous) était ainsi affublée d’un nourisson, devenant une Vierge à l’Enfant, sujet beaucoup plus attractif. Certains faussaires se nomment en effet eux-même « peintre de tableaux anciens »

Sainte Marie-Madeline, Lippo Memmi, Musée du Petit Palais, Avignon

Les repeints masquent les éventuelles lacunes des panneaux, les retables sont dépecés puis dispersés aux quatre coins du monde, certains éléments remontés sans aucun lien entre eux… Ces pièces rencontrent un franc succès parmi les collectionneurs, comme la célèbre Nélie Jacquemart dont on peut aujourd’hui visiter les collections au musée Jacquemart-André. Le musée Fesch met ici en lumière un phénomène qui est aujourd’hui bien connu, mais qui recèle encore bien des surprises pour l’histoire de l’art.

Vrai? Faux? Le primitif italien était presque parfait. Palais Fesch, Musée des Beaux-Arts, Ajaccio, du 28 juin au 1er octobre 2012

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